mai 28 2008

Big Buck Bunny : Beau Boulot Blender !

Big Buck Bunny

Disponible depuis le 20 mai en DVD, proposé en téléchargement dès le 30, le court métrage libre Big Buck Bunny démontre à son tour la puissance du logiciel libre de 3D Blender. Ce « film », en production depuis octobre 2007, est le fruit du projet Peach Open Movie, lancé par la Fondation Blender ; de même qu’Elephant Dream, il va permettre d’améliorer le logiciel et d’en prouver les capacités, à l’industrie du cinéma notamment.

Un scénario amusant

Le premier grand contraste avec le projet Orange réside dans le scénario. Alors qu’Elephant Dream présentait une histoire complexe, Big Buck Bunny se veut amusant et léger. Et c’est réussi. L’action prend place à la lisière d’une forêt, par un jour ensoleillé. Le personnage principal, un lapin gigantesque et un peu pataud, émerveillé par la beauté de la nature et des papillons, est littéralement attaqué par trois écureuils moqueurs sans foi ni loi, qui tuent les papillons et bombardent notre pauvre léporidé de noisettes, de glands, et de tout ce qui leur passent sous la main (on a même droit à des bogues - étoiles de ninja :P ). Notre hardi lapin décide donc d’intervenir, et tel un Rambo sylvestre, de suite moins pataud, il va débarrasser la belle forêt des méchants écureuils.
On se retrouve donc avec un scénario très simple, mais aussi très agréable et drôle à de nombreux endroits.

Des graphismes époustouflants

Les personnages sont complexes (des poils sur les uns, des plumes sur les autres), mais extrêmement bien réussis ; ils ne sont pas sans rappeler les grands films d’animations que l’on peut voir dans les salles obscures. De plus, l’animation des ces « bêtes » est fluide et naturelle.
Les décors (tantôt la prairie herbeuse, où les brins d’herbes frémissent au vent, tantôt la forêt sombre) sont aussi très jolis, bien qu’un peu vides pour ce qui est de la clairière. On peut aussi regretter le faible mobilité de l’herbe, notamment lorsque qu’un personnage la piétine.
Un grand soin a été apporté à la création des personnages et à leur animation. On constate aussi l’omniprésence des particules (herbes, poils), ce qui explique les changements dans leur gestion au niveau de la version 2.46 (d’autres nombreuses modifications découlent aussi directement de l’expérience de ceux qui ont fait le film).

L’insitut Blender, prochains rendez-vous

Peach Open Movie marque aussi la création de l’Institut Blender, chargé de la gestion du projet et qui s’occupe, à partir de maintenant, de tous les projets de la Blender Fondation. Le second projet de cet institut est l’Apricot Open Game, qui vise à développer un jeu vidéo libre en 3D basé sur le film Big Buck Bunny. Débuté en février 2008, le développement de ce jeu, en python et avec l’aide du logiciel libre Crystal Space, devrait s’achever en juillet. Il est d’ores et déjà possible de précommander le DVD du jeu et, bien sûr, de commander le DVD de Big Buck Bunny.
Le court-métrage (réalisé sous Ubuntu !), de même que le jeu, est distribué sous licence Creative Commons Paternité 3.0, l’Institut Blender nous propose ainsi des contenus libres d’une qualité professionnelle.


mai 17 2008

« Chosen by fair dice roll. Guaranteed to be random. »

Il y a quelques jours, la révélation d’une faille de sécurité critique concernant le paquet openssl de Debian (et dérivés) a jeté un froid sur la banquise linuxienne. Un mainteneur Debian, qui pensait corriger des avertissements signalés par le logiciel Valgrind, a un peu modifié la partie du code concernant la génération des nombres pseudo-aléatoires. Le hic, c’est qu’après la manip, les nombres n’étaient pas ce qu’on peut qualifier d’aléatoires. Or c’est bien d’un système proche de l’aléatoire que l’on a besoin pour la génération de clés ; la modification du code a entraîné une énorme restrictions des clés possibles (seulement 250 000 clés possibles, selon linuxfr). Autre point étonnant, la faille existe depuis 2006, donc toutes les clés et les certificats générés sur la distribution Debian ou ses dérivés (Ubuntu, pour ne citer qu’elle) depuis cette date ne sont pas sûrs ! Il ne suffit pas de mettre à jour le paquet openssl (le correctif a d’ailleurs été très rapidement disponible), il faut changer les clés. C’est là que la faille est vicieuse (et sort de l’ordinaire) : la mise à jour ne suffit pas.

→ Il faut remplacer les clés RSA générées avec la version d’openssh non sûre et les clés DSA utilisées avec un système Debian ou dérivé qui utilisait la version incriminée (même si j’espère que c’est déjà fait, vu mon temps de réaction ;) ).

Le trou de sécurité a été révélé le 13 mai, et il ne cesse de faire parler de lui dans les forums, sur les blogs, et dans les listes de diffusions. Il y a une raison à cela ; la faille (qui a vécu 2 ans !) est extrêmement grave, elle met directement en péril la sécurité d’une distribution réputée qui équipe bon nombre de serveurs. De plus, la mise à jour ne suffit pas à la combler. C’est une affaire bien sombre qui a secoué la blogosphère libre ces derniers jours, mais qui n’empêche pas de rigoler : terminons ce billet sur une note d’humour, mieux vaut en rire qu’en pleurer !

debian-entropie
security_holes
dilbert


mai 16 2008

Qui a eu cette idée folle, de précariser l’école ?

Jeudi 15 mai. Plus d’une semaine que c’est prévu. Depuis quelques temps, dans la cour, dans les couloirs, un seul mot résonne : Manifestation. Le mot est murmuré, chuchoté, insinué ; tout le monde est au courant et personne n’y parait. Contre les suppressions de postes dans l’éducation nationale, contre la précarisation de nos lycées. Au lycée Mangin, deux départs à la retraite ne sont pas remplacés, au collège, un professeur doit partir. Nous ne souhaitons pas de classes surchargées, d’options limitées.
Sur le parking, un air de rébellion règne ; les traits tirés, l’air inquiet, hagards, le proviseur et la CPE observent le groupuscule qui se forme. Garée, une fourgonnette estampillée POLICE laisse présager d’une journée peu ordinaire. Le doux écho des discussions mêlées s’amplifient chaque seconde, avec l’arrivée d’un lycéen, puis d’un autre. Ils parviennent de partout ; certains sortent de l’établissement, d’autres arrivent par le bas. Toujours rien. Tout est calme.
Il est huit heures, c’était l’heure prévue. Des panneaux émergent dans la foules, comme venant de nulle part ; des banderoles se dressent. Soudain, comme si le mouvement avait été répété durant des mois, le groupe s’organise. Une femme prend la tête. La fourgonnette descend sur la rue, gyrophares allumés : ça y est, c’est le moment. La marche commence. Nous partîmes trois cents, dans un étrange silence, dans un calme surréaliste ; l’allure était rapide dans ces rues bouclées par les forces de l’ordre. Les policiers semblent amusés, mais sérieux, dans leurs costumes ridicules : vivement qu’il pleuve, afin qu’ils les dissimulent sous leurs imperméables à peine mieux. Après quelques minutes, les premiers slogans fusent. Qui n’aura pas compris, après cette journée, que les lycéens sont « en colère » ; que la politique du gouvernement se résume à « un pas en avant, trois pas en arrière » ? Ah qu’il n’est pas bon, de nos jours, d’être éponyme de notre empereur de chef d’État, les « Nicolas, démission » étant monnaie courante. Les cornes de brumes se mettent à hurler, et les lycéens de crier avec elles. Tout se déroule bien. Arrivés devant la mairie, les lycéens s’assoient, bloquant le carrefour. Mais où est notre Maire ? Pas chez nous, en tout cas. Belle République où nos élus de proximité ne songent qu’à s’éloigner !
C’est aussi l’heure des premières dissensions, minimes, mais qui imposent un passage devant un pensionnat privé. La marche reprend. Toujours cette ambiance chaleureuse, comme une union sacrée contre l’absolutisme qui semble être l’apanage de notre président. Dans la masse, un Djembé qui rythmera bon nombre de slogan commence à résonner. Quelques gouttes tombent.
Alors que le gros de la manifestation est passé, le cortège est amputé d’un groupe de manifestants qui préfèrent aller au LP, contre l’avis des organisatrices. Le gros du groupe reste cependant uni, multipliant les sit-in à divers carrefours, entonnant leurs chants emplis d’une immense ferveur. Mais l’heure est déjà au retour. Dans l’optique de ne pas déranger nos camarades examinés ce jour là, nous nous taisons une fois sur le Parking. Onze heure, c’est fini. L’heure était prévue, son respect promis a été tenu. Le lycée, de l’extérieur comme de l’intérieur, parait morne. Les murs jaunâtres, les vitres bleues, les bâtiments arrondis, les traces de lierres indélébiles, tout ici semblait chantonnait une petite complainte ; les classes sont vides. Manifestants, grévistes professionnels, qu’importe le motif il n’y a presque plus personne dans ces murs froids et hauts : je songe à une réussite, n’en déplaise à certains.
L’après midi est presque normales, hormis les profs en grève et les élèves absents.
La mobilisation nationale a été impressionnante ; 300 000 manifestants, la moitié des enseignants en grève. Réaction présidentielle : il faut rendre le Service Minimum d’Accueil obligatoire. La surdité a frappé les hautes sphères du pouvoir, il faut être imbécile pour ignorer un mouvement d’une telle ampleur. Passer en force, se foutre et des loi et des gens, de toute façon on le sait bien ; « C’est la politique du gouvernement », et elle est infructueuse, en plus d’être parfaitement scandaleuse.
Scandaleux, l’adjectif peut aussi être attribué au journaliste du Républicain Lorrain. Le texte est mensonger, les propos sont trompeurs ; mais de toute façon, comment croire l’« article » d’un pseudo-journaliste lorsqu’il écrit « Retour au lycée. Il est dix heures. Et encore, ça a traîné. », alors que nous sommes rentrés quelques minutes avant onze heures ? Ce brûlot n’est pas crédible, ce n’est qu’un tissu de mensonges. Ah qu’il est beau, notre Républicain de Droite !
Désormais, les billets affluent chez les surveillants et chez les CPE. Faut-il leur rappeler qu’ils ne peuvent refuser aucun motif ? Faut-il leur signifier que le billet d’absence, signé, quel que soit le motif, ne peut être refusé ? Faut-il leur montrer l’article 131-8 du code de l’éducation pour qu’ils comprennent ? Veulent-ils vraiment en arriver au tribunal administratif, veulent-ils vraiment alerter l’inspecteur d’académie ? Il y a des droits que l’on bafoue plus que d’autres, ceux des lycéens en font partie. Il est intolérable qu’une personne soit sanctionné pour une absence JUSTIFIÉE, signée par le responsable légale, car cela va à l’encontre de la loi : le lycée n’a pas à être une zone de non-droit.

Notre manifestation est réussie, le mouvement au niveau national est un succès : l’autisme présidentielle n’en est que plus lamentable.