juin 20 2009

« I was born in 1984 »

On peut lire sur le site tehranbureau.com un témoignage poignant, en anglais, d’un Iranien de la génération K, au cœur du grand mouvement que nous connaissons actuellement. J’en propose, ici, une traduction personnelle en Français.

Je suis né en 1984, au milieu d’une guerre terrible qui a dévasté mon pays. Je suis né entre deux nuits de bombardements. Je suis né dans le rationnement, le désespoir et la privation. Je suis né alors que des jeunes vies périssaient au front. Mon père m’a dit plus tard que quand je suis né, en 1984, l’atmosphère était semblable à celle du 1984 d’Orwell. Mais ma naissance a effacé, dans l’esprit de mes parents, les évènements moroses de la guerre et 1984 est devenu un signe d’espoir, un espoir pour le futur ou, comme mon père le disait alors, « un avenir meilleur à vivre pour mon enfant ».

Mes parents ne sont pas les seuls dans ce cas. Durant le baby boom, de 1983 à 1986, des millions d’enfants comme moi ont vu le jour, des millions de bouches à nourrir, des millions de miracles à chérir. Une nouvelle génération était née, une génération qui témoigne de l’héritage laissé par ses parents, ses ancêtres, un héritage principalement composé d’une chose : la « République Islamique ».

Par la suite, dans nos écoles, à la télévision, dans les livres et les journaux, ils nous ont dit qu’avant vivait un tyran qui dirigeait le pays d’une main de fer, et que l’insoumise et courageuse nation d’Iran s’était levée pour s’opposer au régime et le renverser, mettant en place trois choses : « Esteghlal, Azadi, Jomhouri Eslami ».

Indépendance.

Liberté.

République Islamique.

Nous étions fascinés par les récits héroïques des jeunes étudiants qui se sont sacrifiés pendant la guerre pour le bien de la société, parfois dès l’âge de treize ans. Nous étions convaincus de vivre une Utopie, mais l’illusion n’a duré que quelques années. Jusqu’à ce que l’innocente et naïve génération de 1984 ait grandi pour devenir les jeunes femmes et les jeunes hommes de l’Iran, la fameuse troisième génération de la révolution.

Face aux dures réalités de la vie, nous avons rapidement réalisé que notre monde était bien loin de l’Utopie qu’on nous dessinait. C’était plutôt une Dystopie où nous devions nous battre pour chaque droit, chaque liberté. Vous nous avez refusé tant de choses.

Un jour, dans cet âge sombre, un homme avec les qualités d’un héros s’est révélé, qui voulait guider cette génération hors de la Dytopie dans laquelle elle était empêtrée. Son nom était Mohammad Khatami. Pourtant, il s’est avéré qu’il n’était pas le héros tant attendu, et qu’il n’avait pas les capacités ou le désir de nous sortir de là. Pour être juste, les choses ont commencé avec l’évolution vers le progrès et la modernisation ; il y avait une faible partie de droits et de libertés, mais cela n’allait pas du tout au rythme attendu par les jeunes impatients de la troisième génération.

Ainsi a chuté un héros, et quatre années d’Ahmadinejad s’engagèrent alors.

À la fin de ces quatre années, nous avions désespérément besoin de changement. L’espoir a été matérialisé par Mir Hossein Mousavi, qui se trouve avoir été premier ministre en 1984. Mais les dirigeants totalitaires de cette Dystopie s’en sont occupé et ont écrasé cette dernière lueur d’espoir.

Dans La Vie de Galilée de Brecht, un élève de Galilée l’accable de cette phrase : « Malheureux le pays qui n’a pas de héros. »

« Non. Malheureux le pays qui a besoin de héros. », répond-t-il avec sagesse.

Ma génération est lasse de la désillusion, fatiguée d’être déçue. Nous refusons d’accepter le statu quo et nous nous élevons contre ce régime. Je ne sais pas vraiment combien de temps il vont mettre pour écraser notre résistance mais pour l’instant, on se débrouille plutôt bien. Nous restons mobilisés même si nos frère Basij, nos frères policiers tuent leurs semblables, assassinent des Iraniens. Nous restons mobilisés même si vous nous battez avec des clubs et des bâtons, même si vous essayez de nous étouffer avec vos gaz lacrymogènes.

Une grande nation refuse de succomber si facilement.

Hier, dans l’importante foule qui revenait de la zone de combats avec ses blessures, sa colère et sa tristesse, j’ai aperçu un vieil ami à moi.

« Bienvenu en 1984 », m’a-t-il dit, plein d’angoisse.

Je l’approuvai d’un signe de tête ; la boucle était bouclée.

Il a ajouté : « Nous devons faire face à une police anti-émeutes sanguinaire, main dans la main, comme dans la chanson Brothers in Arms de Dire Straits. »

C’est à cet instant que j’ai compris pourquoi les révolutionnaires Français ont ajouté « Fraternité » à leur devise.

« Liberté, Égalité, Fraternité. » [NdT : En Français dans le texte], bien sûr.

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Copyright © 2009 Tehran Bureau


juin 20 2009

Mettre en place un relais Tor

logo tor

Tor (acronyme de the onion router) est un réseau de tunnels virtuels qui vise à empêcher l’analyse de trafic, et donc à renforcer l’anonymat et l’intimité. Pour faire court, puisque ce billet n’a pas pour objectif de présenter Tor en détail (le site officiel le fait très bien, ou encore cet article de rebellyon.info), le client Tor de l’utilisateur récupère les adresses des nœuds (ou relais, c’est-à-dire des ordinateurs auxquels il peut se connecter) auprès d’un serveur annuaire, puis il choisit aléatoirement un chemin qui passe pas un certain nombre de ces nœuds jusqu’au serveur de destination. Entre chaque relais, les communications sont chiffrées et chaque relais ne connait que le nœud précédent et le nœud suivant (si bien qu’aucun relais ne connait tout le parcours aléatoirement défini). Et puisque qu’une bonne illustration vaut plus qu’un long discours, voilà la procédure en image :

schéma tor

Tor est utilisé, entre autres, par des journalistes à l’étranger, des dissidents en Chine et ailleurs, mais aussi des opposants Iraniens. La fiabilité du réseau Tor repose donc sur le nombre de nœuds et d’utilisateurs, c’est pourquoi je me propose, dans ce billet, de vous expliquer la mise en place d’un relais Tor avec Ubuntu. Rassurez-vous, ce n’est pas insurmontable !

Installation de Tor

Avant toute chose, il faut installer Tor. La version des dépôts officiels est obsolètes, il va donc falloir commencer par en ajouter d’autres.

  • Éditez le fichier /etc/apt/sources.list en super-utilisateur avec votre éditeur de texte favoris, par exemple nano : sudo nano /etc/apt/sources.list,
  • Ajoutez en fin de fichier les deux lignes suivantes (en remplaçant éventuellement jaunty par la version que vous utilisez si elle diffère) :
    • deb http://mirror.noreply.org/pub/tor jaunty main
    • deb-src http://mirror.noreply.org/pub/tor jaunty main
  • Importez les clés de chiffrement du dépôt et ajoutez-les à votre trousseau (tout en une ligne, soyons fous !) :
    gpg --keyserver subkeys.pgp.net --recv 94C09C7F && gpg --fingerprint 94C09C7F && gpg --export 94C09C7F | sudo apt-key add -,
  • Mettez ensuite à jour la liste des paquets, avec : sudo apt-get update,
  • Vous pouvez ensuite installer Tor, en cliquant ou avec : sudo apt-get install tor.

Voilà, Tor est maintenant installé (profitez-en pour l’utiliser, tant qu’à faire ;) ).

Configuration d’un relais

Passons maintenant à l’essentiel, à savoir la configuration d’un relais Tor. Pour cela, on va créer un nouveau fichier de configuration, à notre sauce.

  • Renommez le fichier de configuration original (histoire de le conserver, au cas où), avec : sudo mv /etc/tor/torrc /etc/tor/torrc.bak,
  • Ouvrez un nouveau fichier de configuration : sudo nano /etc/tor/torrc,
  • Remplissez le comme cela :
    SocksPort 9050
    SocksListenAddress 127.0.0.1
    Log notice file /var/log/tor/notices.log
    Log debug file /var/log/tor/debug.log
    DataDirectory /var/lib/tor
    Nickname un_nom_pour_le_serveur # À adapter
    Address adresse_de_la_machine # À adapter
    RelayBandwidthRate 100 KBytes
    RelayBandwidthBurst 200 KBytes
    ContactInfo Prenom Nom <mail> # À adapter
    ORPort 9001
    ExitPolicy reject *:*

    Pensez à modifier le fichier aux lignes signalées. Concernant l’adresse de la machine : si vous avez une IP fixe, il vous suffit de la mettre ; si vous avez au contraire une IP dynamique, il faudra créer un nom de domaine qui redirige vers cette IP (chez dyndns, par exemple), et le mettre.
  • Pensez à ouvrir les ports ; Tor utilise le port TCP 9001.
  • Dès que vous avez fait tout ça, il vous suffit de redémarrer Tor : sudo /etc/init.d/tor restart.

Nous allons enfin nous assurer du bon fonctionnement du relais.

Vérification du fonctionnement

Une fois Tor redémarré, jetez un œil au fichier /var/log/tor/notices.log. Durant la quinzaine de minutes suivant la mise en place du relais, si tout se passe comme prévu, vous devriez voir une notice qui ressemble à « Self-testing indicates your ORPort is reachable from the outside. Excellent. Publishing server descriptor. ». Si c’est le cas, votre relais est fonctionnel !