Une carrière dans la forêt de Hoff ?

Photo de la manifestation à Sarraltroff

Le 25 avril dernier, j’avais été manifester à Sarraltroff conte l’installation d’une carrière, qui devait être creusée par la société Guintoli afin d’approvisionner en pierres le chantier de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse. On s’apprêtait en effet à raser une forêt, c’est-à-dire à détruire de manière durable tout un écosystème, pour récupérer des pierres. Je ne comprenais pas (et ne comprends toujours pas aujourd’hui, d’ailleurs) pourquoi, d’une part, on détruit une forêt alors qu’on aurait pu faire ça en plaine non boisée et, d’autre part, pourquoi on installe une nouvelle carrière alors que celles aux alentours auraient apparemment largement suffi à la construction de la ligne nouvelle (et, l’impact négatif sur l’environnement d’une carrière n’étant plus à démontrer, il est dès lors étonnant de les multiplier inutilement). Qui plus est, les désagréments sonores, les poussières rejetées, l’intensification du trafic faisaient à juste titre peur aux habitants.

Et voilà qu’il y a quelques jours, la rumeur qu’une carrière serait creusée dans la forêt de Hoff, voisine de celle de Sarraltroff, a circulé ; le lendemain, nous découvrions un forage en plein cœur de notre forêt. Lundi 14 juin, une foreuse sondait bruyamment le sous-sol forestier, manipulée par deux ouvriers taciturnes : le premier montrant en souriant le second, en se contentant de dire « c’est mon chef, c’est mon chef », ledit chef n’étant guère plus loquace, affirmant ne rien savoir, ni s’il trouvait quelque chose, ni pour qui il faisait ça, et nous renvoyant au logo de sa camionnette, sur laquelle on peut lire le nom de la société (Forsol) et son numéro de téléphone. La rumeur semble donc bien fondée : le sol de notre forêt est actuellement sondé, sans doute dans le but d’y installer une carrière, et ce dans la plus grande discrétion.

Photo d'un forage en cours dans la forêt de Hoff

Si cela s’avère, ce ne serait pas sans susciter de nombreuses questions, ni soulever de vastes protestations. La forêt, déjà, appartient normalement à la ville de Sarrebourg (c’est, comme son nom l’indique fort bien, la « forêt communale de Sarrebourg »), l’autorisation doit donc venir de la ville. Or, précisément, il semble parfaitement impossible que les élus soient d’accord : ils manifestaient, tous bords confondus, à Sarraltroff le 25 avril ! Jean-Yves Schaff, Manuel Simon (tous deux dans l’opposition sarrebourgeoise), Roland Klein (lui membre de la majorité) étaient de la marche contre la carrière, il est donc impensable qu’ils soutiennent la construction d’une carrière à Sarrebourg. Première incompréhension, donc : comment la ville aurait été d’accord alors que nos élus ont manifesté contre à Sarraltroff ?

La manière dont cela se passe, le mystère qui entoure ces forages, l’absence d’information laissent ensuite présager du pire. Nulle part en effet, on n’a prévenu les Hoffois, ni les Sarrebourgeois dans leur ensemble, de ces forages dans la forêt, ni de leur but : tous ceux à qui nous pouvons en parler en restent pantois. Dans la forêt… à la place de la forêt serait sans doute plus approprié. Pourquoi, en effet, s’il ne s’agissait pas d’un problème de l’envergure d’une carrière maintenir autour de ces forages un silence de plomb ?

Photos des carottes extraites dans le deuxième forage

Une carrière, en tout cas, serait un désastre écologique, et une catastrophe pour Sarrebourg et pour Hoff. Désastre écologique, parce qu’elle ruinerait l’habitat d’une myriade d’espèces animales, peut-être même d’espèces protégées, abattant les arbres où nichent de nombreux oiseaux qui bercent de leurs chants mélodieux la forêt, arbres qui abritent aussi de discrets écureuils, pour ne citer qu’eux parmi la riche faune. Qui plus est, elle anéantirait toute la végétation, pourtant très dense en cet endroit, décapitant tout forme de vie végétale ou animale sur une surface sans doute de la taille de plusieurs terrains de football, pour de nombreuses années : on ne peut en effet espérer que la forêt se régénère rapidement, il lui faudrait des siècles…

Désastre pour les Sarrebourgeois, ensuite, puisqu’une telle carrière ruinerait aussi une richesse de la ville. Elle réduirait à néant une zone de chasse prisée et détruirait un espace qui offre du bois aux riverains et même à d’autres, comme le suggèrent les noms peints à la bombe sur les troncs. De plus, elle rayerait de la carte un espace naturel propice à la détente et aux loisirs où bon nombre de Hoffois, et même de Sarrebourgeois, aiment à se balader et à faire du sport ; notre député-maire qui s’y promène parfois ne nous contredira nullement sur ce point. La carrière serait donc un drame, à la fois pour la forêt et son écosystème, et pour notre ville et ses habitants.

Mais cela, les Hoffois (et pas seulement eux, d’ailleurs) le comprennent bien : à l’ébahissement suscité par la révélation de forages, et donc du risque d’une carrière dévastatrice, succède immanquablement un sentiment de colère et de révolte. Nous ne les laisserons pas détruire notre patrimoine, notre richesse : ils ne détruiront pas un environnement si fragile. Une question demeure entière cependant, qui vient s’ajouter à notre première incompréhension : qui est ce « ils » qui nous menace, tapi dans l’ombre ?

J’actualise au jour le jour une carte sur google map qui suit l’avancement des forages dans notre forêt, photos à l’appuie, à cette adresse : http://tinyurl.com/36f9np3


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