Trahison
La réponse à la question qui concluait la nuit dernière mon billet ne s’est pas faite attendre, paraissant ce matin dans le Républicain Lorrain et confirmant les rumeurs qui courraient depuis une semaine à Hoff : c’est Roland Klein, premier adjoint UMP au maire de Sarrebourg, qui a signé à Guintoli l’autorisation de sonder le sous-sol de notre forêt, bel et bien dans l’idée d’en faire une carrière. C’est donc ce Hoffois, cet enfant du village qui a marché à nos côtés contre une carrière à Sarraltroff, qui signe aujourd’hui le potentiel arrêt de mort de sa forêt. Cela sonne comme la trahison d’une population par l’un des siens ; la trahison de son village par un Hoffois.
« Je suis sûr à 95 % que le projet de carrières à Sarraltroff [sic] sera accordé car ce n’est qu’une carrière provisoire et qu’en plus, cela revêt un caractère d’utilité publique. » De deux choses l’une : ou bien il nous dit que la carrière à Sarraltroff se fera bien, et qu’il en est quasiment sûr : dès lors il est absurde de laisser Guintoli sonder notre forêt ; ou bien, comme je le pense, notre formidable journal a-t-il écrit Sarraltroff où il faudrait lire Sarrebourg, et cela serait alors choquant, notre adjoint au maire affirmant sa quasi-certitude de voir notre belle forêt disparaître pour quelques pierres. Quelques pierres et sans doute plus, d’ailleurs, je doute en effet qu’on délaisse une carrière creusée une fois la ligne terminée.
Pour justifier ensuite l’emplacement de ce projet de carrière, Roland Klein affirme qu’il n’y a dans la zone « plus d’arbre debout. C’est un reliquat, selon lui, de la tempête de 1999. » La phrase relève presque de l’humour vis-à-vis de la photo de Laurent Mami publiée par le journal, qui montre la foreuse… entourée d’arbres ! On le voit aussi sur mes photos des forages : non seulement il reste des arbres debout, mais ils sont de plus légion. M. Klein aurait-il délaissé le souci d’honnêteté qui devrait être celui de tous nos élus au point de ne pas s’être donné la peine de décrire notre forêt ; sa forêt sans mensonge ? Ou bien s’est-il tellement détaché de nous et de cette forêt qu’il n’est tout simplement plus capable de la décrire correctement ?
Plus terrible encore, le premier adjoint au maire tente d’apparaître, avec ce projet, comme un sauveur providentiel de Sarraltroff, soudain épris d’une générosité sans borne qui n’est pas sans susciter quelques interrogations. Il met en effet en exergue « une certaine solidarité avec Sarraltroff », se demandant « pourquoi Sarraltroff subirait-il tout ? » Sauf que justement, pour faire passer la pilule aux habitants de Hoff, Roland Klein se sent obligé d’insister sur le fait que l’on ne récupère pas la misère contre laquelle nous nous sommes battus à Sarraltroff : pour Roland Klein, selon le Républicain Lorrain, Sarraltroff « ne serait cependant pas épargné en passages de camions si ce second projet devait se faire. » Alors, pourquoi la faire chez nous, par solidarité, s’ils continuent d’en subir les embarras ? D’autant plus, comme le souligne notre canard favoris, que « c’est aussi un endroit moins proche de Sarrebourg que de Sarraltroff ».
Comprenons dès lors la vision de la solidarité en vogue chez notre cher adjoint : on prend la carrière sur notre territoire, et nous apparaissons ainsi comme des gentils sauveurs qui allons supporter sur nos épaules les maux de nos voisins. Mais ce paternalisme a ses limites : on vous laisse les désagréments, n’étant intéressés que par les retombées économiques. Et tant pis si nous, Sarrebourgeois, foutons en l’air la petite forêt de ces Hoffois, l’argent rend ces quelques arpents boisés ridicules face à notre intérêt économique. Nous sommes donc face à un discours trouble, emprunt d’un étonnant élan de solidarité lorsqu’il s’agit de se racheter une virginité médiatique et de justifier la carrière, et qui cache des aspirations bien plus matérielles que la simple solidarité. Le Républicain Lorrain, une fois n’est pas coutume, ne s’y trompe pas : « Ce plan B imaginé par la municipalité sarrebourgeoise aurait aussi l’avantage d’injecter dans les finances publiques les compensations financières versées par Guintoli [on se doute qu’elles doivent être faramineuses], puisque le site exploité serait communal. » Soyons plus lucides : ce plan B aurait surtout l’avantage de renflouer les caisses de notre commune. La solidarité a bon dos ; son exploitation pour masquer la recherche avide d’argent est parfaitement répugnante.
J’ai dit hier pourquoi une carrière serait un désastre environnemental, parce qu’elle détruirait tout un écosystème, et un désastre pour la population, puisqu’elle la priverait d’une de ses plus grandes richesses (de ces richesses bien plus importantes que celle bassement matérielle de l’argent brassé par une carrière de pierres), soulignant quelle scandaleuse opacité entourait les forages. Aujourd’hui, je dénonce le comportement de certains de nos élus enfin mis en lumière, à qui l’argent fait perdre à la fois la tête, comme le montrent les raisons absurdes qu’ils donnent ; le souvenir de leurs origines, puisqu’ils laissent saccager la forêt d’un village qui les a vu naître et grandir ; et même le souci de leurs administrés, choqués et révoltés par cette potentielle destruction de forêt.
Le résultat des carottages ne sera, d’après le journal, pas connu avant plusieurs semaines, qui poursuit en nous disant qu’une période de négociations avec les habitants serait ensuite ouverte, de même qu’une enquête publique. Roland Klein de conclure pour sa part que, « de toute façon, on avait prévu de faire une réunion publique et d’informer la population ». De toute façon… Oui, mais quand ? Parce que ces forages, nous les avons découverts nous-même ; les informations, nous avons dû les faire ressortir par nos propres moyens, en provoquer jusqu’à la diffusion. Si c’est une fois que les arbres sont à terre que l’on nous apprend la nouvelle et que l’on nous convie à une réunion publique, ce n’est plus la peine…
Le journal ne fait parler que Roland Klein, comme si l’énormité des faits suffisait à plaider contre lui. L’article se termine en se demandant si les Hoffois vont suivre le même chemin que les Sarraltroffois, à savoir celui de la grogne. C’est mieux que ça : nous l’avons déjà suivi, nous avons été manifester avec eux, et sommes déjà engagés, depuis le premier jour, sur le chemin de la révolte. Nous ne les laisserons pas faire.
Que ceux qui veulent réduire à néant notre forêt soient prévenus : no pasarán.
29 juin 2010 à 11:52
Hier lors du conseil municipal de Sarrebourg, à la suite d’une question venant de notre groupe d’opposition, le député-maire a confirmé les forages pour faire une étude mais étant négative, le projet de carrière à Hoff est caduque. Plus d’infos dans le rl de demain.