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	<title>Nicoz &#187; Général</title>
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	<description>« Vivre, c&#039;est faire vivre l&#039;absurde. » - Albert Camus</description>
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		<title>Réaction à la fermeture de Megaupload</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 08:10:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce soir, le FBI a mis en examen sept personnes liées au site Megaupload et saisi, sans autre forme de procès, les noms de domaine, conduisant à une coupure mondiale de ce site parmi les plus populaires du web. Choquante par sa disproportion, traitant ces «&#160;Pirates&#160;» comme de dangereux criminels à mettre aux fers, cette décision l&#8217;est aussi par son mépris de la justice. Avant même le début d&#8217;un procès, le site est déjà censuré&#160;: cette limitation extravagante des droits fondamentaux sans qu&#8217;un juge ne se soit prononcé fait honte au pays des libertés.</p>
<p>Ce filtrage du Net, non content de bafouer nos droits les plus précieux, s&#8217;avère in fine autant inefficace qu&#8217;illusoire. Megaupload fermé, qui peut sérieusement penser que le partage disparaîtra&#160;? L&#8217;expérience Napster, il y a plus de dix ans, n&#8217;a décidément pas échaudé la justice américaine.</p>
<p>Une nouvelle fois, au prétexte de protéger les ayants-droits, on oppose aux internautes partageurs une répression violente (les mis en examen risquent plusieurs dizaines d&#8217;années de prison&#160;!) et un filtrage stupide&#160;; une nouvelle fois, on oppose les artistes à leurs publics. Une nouvelle fois, on privilégie l&#8217;attitude réactionnaire qui cherche à préserver obstinément les modèles économiques dépassés de quelques-uns, comme l&#8217;industrie du disque, au moyen d&#8217;une répression qui s&#8217;acharne sur les internautes sans rien apporter aux artistes, parce qu&#8217;inefficace, alors même qu&#8217;ils rencontrent de vraies difficultés. C&#8217;est du perdant-perdant.</p>
<p>C&#8217;en est trop de cette vision archaïque et ultra-marchande de la culture qui oppose créateurs et publics. Au lendemain du black-out contre Sopa et Pipa, cette décision est révélatrice d&#8217;un système à la dérive, dérive similaire dans l&#8217;esprit à notre Hadopi qu&#8217;il faudra abroger.</p>
<p>Amoureux d&#8217;Internet et de la culture, il devient urgent de réagir. Des solutions pérennes existent, dans le sillage de la contribution créative proposée par Philippe Aigrain, mais il faut un courage politique qui a jusque là fait cruellement défaut. Pour la Culture aussi, le changement, c&#8217;est maintenant.</p>
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		<title>L&#8217;hôpital est malade</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 22:07:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Général]]></category>
		<category><![CDATA[Hôpital]]></category>
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		<description><![CDATA[À lire sur Sarrebourg Nouvelle&#160;: L&#8217;hôpital public va mal&#160;: après la mise sous tutelle récente de deux établissements, à Forbach et Saint-Avold, le Républicain Lorrain de ce jour nous apprend un déficit de trois millions d&#8217;euros de l&#8217;hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, sur fond de conflit social. Les raisons, nous dit-on, en sont simples&#160;: les importants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>À lire sur <em><a href="http://sarrebourgnouvelle.com/">Sarrebourg Nouvelle</a></em>&#160;:</h3>
<blockquote><p>L&#8217;hôpital public va mal&#160;: après la mise sous tutelle récente de deux établissements, à Forbach et Saint-Avold, le <em>Républicain Lorrain</em> de ce jour nous apprend un déficit de trois millions d&#8217;euros de l&#8217;hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, sur fond de conflit social. Les raisons, nous dit-on, en sont simples&#160;: les importants investissements mis en œuvre, financés par l&#8217;emprunt, ont mis à la merci de la crise l&#8217;hôpital sarrebourgeois, phénomène qu&#8217;amplifie, selon les mots du maire, une «&#160;activité moins importante que prévue&#160;». Crise de fréquentation, crise économique&#160;: que ne convoque-t-on pas pour refuser de voir en face la responsabilité de la politique de santé publique désastreuse menée ces dernières années, et qui tend à appliquer au service public de la santé la logique mortifère de la gestion d&#8217;entreprise&#160;? «&#160;Chiffres d&#8217;affaires&#160;», «&#160;réduction des dépenses de fonctionnement&#160;», «&#160;développement de l&#8217;activité&#160;», «&#160;productivité&#160;», «&#160;optimiser&#160;», «&#160;rentabilité&#160;», … Le vocabulaire lui-même s&#8217;est fait gestionnaire, les logiques ne sont plus sanitaires mais comptables. Tout se réduit au chiffre, on dilue l&#8217;humanité des malades dans l&#8217;impersonnalité de l&#8217;«&#160;activité&#160;»&#160;: quand arrivera le jour où, à l&#8217;accueil des hôpitaux, des clients auront remplacé les patients&#160;?</p></blockquote>
<p><a class="more-link" href="http://sarrebourgnouvelle.com/blog/index.php?post/2012/01/08/L-h%C3%B4pital-est-malade">Poursuivre la lecture de ce billet sur <em>Sarrebourg Nouvelle</em>…</a></p>
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		<title>L&#8217;épicerie sociale «&#160;O P&#8217;tit Marché&#160;»</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Nov 2011 10:57:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Général]]></category>
		<category><![CDATA[Croix-Rouge]]></category>
		<category><![CDATA[épicerie sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Sarrebourg]]></category>

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		<description><![CDATA[À lire sur Sarrebourg Nouvelle&#160;: Dans deux semaines, les bénévoles de la Croix-Rouge de Sarrebourg seront à la sortie des grandes surfaces pour leur habituelle collecte. Avant cette campagne, ils tenaient à ouvrir les portes de l&#8217;épicerie sociale ainsi alimentée, afin de montrer aux Sarrebourgeois à quoi, concrètement, servaient leur dons. Autour de Manuel Simon, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>À lire sur <em><a href="http://sarrebourgnouvelle.com/">Sarrebourg Nouvelle</a></em>&#160;:</h3>
<blockquote><p>Dans deux semaines, les bénévoles de la Croix-Rouge de Sarrebourg seront à la sortie des grandes surfaces pour leur habituelle collecte. Avant cette campagne, ils tenaient à ouvrir les portes de l&#8217;épicerie sociale ainsi alimentée, afin de montrer aux Sarrebourgeois à quoi, concrètement, servaient leur dons. Autour de Manuel Simon, les volontaires ont redoublé d&#8217;efforts pour expliquer, non sans passion, leur engagement aux dizaines de curieux venus leur rendre visite, et leur décrire le fonctionnement de cette épicerie sociale qui ne serait rien sans eux.</p></blockquote>
<p><a class="more-link" href="http://sarrebourgnouvelle.com/blog/index.php?post/2011/11/12/Portes-ouvertes-%C3%A0-l-%C3%A9picerie-sociale-%22O-P-tit-March%C3%A9%22">Poursuivre la lecture de ce billet sur <em>Sarrebourg Nouvelle</em>…</a></p>
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		<title>L&#8217;important, c&#8217;est la rose</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 00:15:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jaromil est un adolescent talentueux&#160;; il est le héros de La vie est ailleurs, chef-d&#8217;œuvre de Milan Kundera. Poète, il connaît l&#8217;Amour qu&#8217;il chante à longueur de vers avec le lyrisme fougueux d&#8217;un Rimbaud. Mais par ces vers, il tisse en même temps son corset. L&#8217;amour n&#8217;était pour lui qu&#8217;une idée, une belle idée, jusqu&#8217;à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-2023 aligncenter" title="Rose" src="http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/4139160130_5312ac3c77.jpg" alt="Rose" width="500" height="375" /></p>
<p>Jaromil est un adolescent talentueux&#160;; il est le héros de <em>La vie est ailleurs</em>, chef-d&#8217;œuvre de Milan Kundera. Poète, il connaît l&#8217;Amour qu&#8217;il chante à longueur de vers avec le lyrisme fougueux d&#8217;un Rimbaud. Mais par ces vers, il tisse en même temps son corset. L&#8217;amour n&#8217;était pour lui qu&#8217;une idée, une belle idée, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il rencontre au hasard de sa vie une étudiante à qui il plaira, et qui lui plaira. Ils s&#8217;aiment. Ils s&#8217;aiment, et vivent dès lors sous l&#8217;emprise de l&#8217;amour qu&#8217;ils imaginaient. L&#8217;idée d&#8217;amour dicte leur conduite&#160;: ils en sont les exécutants. «&#160;Ils déduisent leur comportement, comme l&#8217;analyse Alain Finkielkraut, de ce que le mot &#8221;amour&#8221; leur commande de ressentir.&#160;» L&#8217;important, pour Jaromil, ce n&#8217;est pas tant sa douce amante que l&#8217;amour qu&#8217;il ressent pour elle. Le piège tressé de ses vers se referme sur lui, qui symbolise ainsi cette «&#160;sécheresse du cœur dissimulée derrière un style débordant de sentiments&#160;» dont parlera plus tard Kundera, dans <em>les Testaments trahis</em>, où il précisera même que «&#160;personne n&#8217;est plus insensible que les gens sentimentaux&#160;». Jaromil est de notre temps&#160;: comme lui, nous avons défié l&#8217;amour.</p>
<p>Bien plus que l&#8217;être aimé, il semble en effet que ce que l&#8217;on aime d&#8217;abord, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est l&#8217;amour. L&#8217;expression «&#160;chercher l&#8217;amour&#160;» trahit ce mouvement de fond&#160;: c&#8217;est en effet l&#8217;autre que l&#8217;on devrait chercher, et non l&#8217;amour qui n&#8217;a pas de sens sans lui. On se conforme à l&#8217;idéal que l&#8217;imaginaire collectif se fait de ce sentiment, on lui obéit, et ce faisant on néglige son objet même. Il s&#8217;est opéré un glissement égoïste fatal à la notion d&#8217;amour&#160;; on n&#8217;aime plus pour l&#8217;autre, mais pour soi. On recherche activement «&#160;une copine&#160;», parce que cela est presque devenu un impératif social&#160;; passé un certain âge, c&#8217;est un regard curieux qui se pose bien trop souvent sur les demoiselles. Plus que l&#8217;être aimé, c&#8217;est notre image d&#8217;amant qui semble bien nous séduire. On a délaissé l&#8217;amour, qui est forcément amour de l&#8217;autre, pour un égoïste amour de l&#8217;amour. L&#8217;amant acquiert la transparence de l&#8217;eau et il devient ce fleuve dans lequel on se mire tel des Narcisse des temps modernes. L&#8217;amant n&#8217;est, au fond, plus qu&#8217;un moyen&#160;: celui de notre concupiscence. De la sorte, on ne découvre plus l&#8217;autre mais on découvre l&#8217;amour avec l&#8217;autre. Ainsi l&#8217;autre n&#8217;est plus essentiel, il n&#8217;est plus qu&#8217;un accidentel compagnon de voyage.</p>
<p>En fait, il semble que l&#8217;amour se soit, pour ainsi dire, embourgeoisé&#160;; il est devenu cruellement conformiste. L&#8217;enfant de bohème s&#8217;est laissé mettre en cage, lui qui pourtant tirait sa force de la transgression&#160;: transgression des classes quand le prince charmant enlevait la paysanne de nos contes, des rivalités en plein cœur de Vérone. L&#8217;amour qui faisait voler en éclat les barrières entre amants est enfermé dans une caricature de lui-même. L&#8217;amour, en deux mots, a chuté du rang de passion à celui de code. Il y a des rites presque immuables&#160;; on doit se tenir par la main, on doit s&#8217;embrasser, on doit s&#8217;offrir des cadeaux, aller ensemble au cinéma. On doit, aussi, faire l&#8217;amour. On se doit, en fait, d&#8217;être «&#160;comme un couple&#160;», contraints à l&#8217;être, à se conformer à ce nouvel idéal dicté obscurément par les autres, les médias, les magazines ou les séries qui sont autant de catéchismes d&#8217;un nouveau genre. Malgré toutes les libérations sexuelles à propos desquelles on a tant disserté, l&#8217;amour est donc toujours contraint, mais comme les ânes nietzschéens, ce sont les hommes eux-même qui intériorisent désormais ces contraintes.</p>
<p>Françoise Sagan l&#8217;avait fort bien perçu lorsqu&#8217;elle déclarait à l&#8217;occasion d&#8217;un entretien en février 1979 (c&#8217;est dire que le problème ne date pas d&#8217;hier)&#160;: «&#160;On a aussi peu de liberté maintenant qu&#8217;il y a vingt ans&#160;: faire l&#8217;amour était alors interdit aux jeunes filles&#160;; maintenant c&#8217;est presque devenu obligatoire. Les tabous sont les mêmes.&#160;» En fait de tabous, il y a une religion de l&#8217;amour dont les pratiques hétérodoxes sont condamnées par une société de plus en plus inquisitrice. À cet égard, impossible de ne pas se souvenir du <em>Contr&#8217;Un</em> de la Boétie lorsqu&#8217;on découvre cette forme nouvelle de servitude volontaire. L&#8217;imaginaire collectif charrie une idée de l&#8217;amour qu&#8217;il nous incombe de suivre comme autant de Jaromil en puissance. On ne peut s&#8217;empêcher de ressentir ici une manifestation de cette société qui a fait la part belle à l&#8217;apparat et où il faut aimer, non pour aimer, mais pour montrer qu&#8217;on aime.</p>
<p>À son paroxysme, la religion de l&#8217;amour s&#8217;identifie à l&#8217;amour des religions, qui est aussi celui des humanistes&#160;; à cet <em>agapè</em> à l&#8217;objet abstrait, universel. «&#160;Aimez-vous les uns les autres&#160;», commande le Christ. Sous couvert d&#8217;universalité, c&#8217;est notre amour qu&#8217;on aime encore. Comme Diogène, «&#160;je cherche l&#8217;homme&#160;» qui en serait l&#8217;objet, car ce qu&#8217;il vise, c&#8217;est une abstraction irréelle&#160;: on aime là un concept <em>in fine</em> vide de sens. L&#8217;objet même de notre amour s&#8217;envole en fumée pour ne laisser que l&#8217;amour seul, qui seul nous motivait finalement. C&#8217;est, encore une fois, notre ego qui importe.</p>
<p>Cette tyrannie sentimentale, on la retrouve dans le chef-d&#8217;œuvre de Saint-Exupéry. L&#8217;amour porté par le petit prince à sa rose est frappé du sceau de l&#8217;innocence, il est d&#8217;une utopique sincérité&#160;: quand le petit prince pleure sa rose, son amour est pur de toute injonction. On ne lui avait jamais parlé d&#8217;amour, et jamais donc il n&#8217;a cherché à se conformer et à agir comme un amant&#160;: il n&#8217;a pas endossé de costume, ni joué de rôle. Ce n&#8217;est que plus tard, lorsqu&#8217;il croisa le renard, qu&#8217;il perdit sa candeur. Il se joue alors un affrontement feutré entre la rose et le narcisse. Dans une scène voulue belle sans doute par l&#8217;auteur lui-même, tout corrompu qu&#8217;il est par une société déjà sentimentaliste, notre drame de modernes se noue.</p>
<p>«&#160;Viens-jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste&#8230;<br />
- Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.&#160;»</p>
<p>Ce refus net interpelle&#160;; sa justification étonne et amuse. Elle est incongrue. Pour la première fois, l&#8217;amitié trouve une barrière étrange, bizarre, extraordinaire, autant que ces «&#160;grandes personnes&#160;» rencontrées précédemment et dont elle pourrait ainsi tout à fait être l&#8217;œuvre. Le petit prince cherchait des amis, et c&#8217;est l&#8217;amitié qu&#8217;il rencontre.</p>
<p>Le renard s&#8217;explique ensuite, interrogé naïvement par le garçon aux cheveux couleur des blés&#160;: pour l&#8217;instant, notre héros n&#8217;est pour lui qu&#8217;un enfant comme les autres, et lui-même n&#8217;est pour le jeune étranger qu&#8217;un renard parmi d&#8217;autres. Il en faut bien plus pour faire des amis.</p>
<p>L&#8217;animal dépeint alors un idéal amical, d&#8217;abord électif&#160;: «&#160;nous aurons besoin l&#8217;un de l&#8217;autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde&#8230;&#160;», idéal dans lequel le petit prince reconnaît sa relation avec la rose. La frontière de l&#8217;amour et de l&#8217;amitié, sous cet éclairage, se fait encore plus floue, montrant bien qu&#8217;il n&#8217;y a en fait entre ces deux termes qu&#8217;une différence de degrés et non de natures.</p>
<p>Le renard continue, mais dérape pour ainsi dire&#160;: «&#160;si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde&#160;! Tu vois, là-bas, les champs de blé&#160;? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste&#160;! Mais tu a des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé&#160;! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…&#160;» Son amitié est donc aussi donneuse de sens, destructrice de tristesse et créatrice de joie. Le renard, ici, oublie presque son ami devant le bonheur après lequel il court à travers lui, comme si finalement le garçon n&#8217;était qu&#8217;un moyen de l&#8217;amitié. Cette attitude d&#8217;enfant gâté trouve écho dans la complainte capricieuse immédiatement poussée par l&#8217;animal&#160;: «&#160;S’il te plaît… apprivoise-moi&#160;!&#160;»</p>
<p>Naïf, candide, le petit prince qui n&#8217;a en fait toujours pas compris qu&#8217;apprivoisement et amitié sont, dans la bouche du goupil, de parfaits synonymes, lui répond&#160;: «&#160;Je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.&#160;» Notre héros n&#8217;a que faire des dogmes que lui propose sans malice l&#8217;animal pourtant réputé en avoir. La suite le montrera&#160;: ces deux là ne se comprennent pas&#160;; ils ne parlent pas la même langue. Le petit prince vient des étoiles&#160;; le renard a toujours eu les pattes sur Terre. Et pourtant, le renard élabore une religion d&#8217;amitié là où la spontanéité du petit prince l&#8217;en préserve. Le renard figure une caricature de facticité&#160;; le petit prince une honnêteté ridiculement séduisante.</p>
<p>Mais le renard ignore sa duplicité, il livre bataille contre lui-même, en répondant&#160;: «&#160;Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Il achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi&#160;!&#160;» Oui, les hommes n&#8217;ont plus d&#8217;ami, mais la religion de l&#8217;amitié ne les rachètera pas. Son constat n&#8217;est pas faux, mais son désenchantement le conduit à préférer l&#8217;amitié aux amis. Son remède s&#8217;avère pire que le mal qu&#8217;il prétend guérir.</p>
<p>Cependant, trop bon qu&#8217;il est, le petit prince tente l&#8217;expérience. Après tout, n&#8217;a-t-il pas la naïveté de l&#8217;enfance innocente&#160;? Le renard décline donc son protocole. À cet instant, l&#8217;amitié se mue dans la caricature du dogme. Au premier faux-pas, le renard tancera celui qui joue mal sa partition&#160;: «&#160;Il eût mieux valu revenir à la même heure&#160;», dit-il comme on pourrait entendre les reproches d&#8217;une jeune femme qui jugerait que son petit ami, ne lui tenant pas assez la main, ne forme pas avec elle un «&#160;vrai couple&#160;». Les diktats de son amitié, le renard les appelle des «&#160;rites&#160;».</p>
<p>Quand vient l&#8217;heure du départ, c&#8217;est encore le renard qui dit qu&#8217;il pleurera, comme s&#8217;il envoyait par là même à son disciple le message de ce qu&#8217;il faut faire en pareil cas lorsqu&#8217;on éprouve de l&#8217;amitié.</p>
<p>Malgré ses efforts, ces gesticulations d&#8217;apprivoisement furent vaines. Le renard pleurera peut-être, mais le petit prince n&#8217;a rien compris, lui qui s&#8217;étonne encore, l&#8217;animal se destinant à la tristesse dès son départ&#160;: «&#160;Alors tu n&#8217;y gagnes rien&#160;!&#160;» S&#8217;ils avaient vraiment été amis, le goupil n&#8217;aurait pas eu à préciser qu&#8217;il y gagnait «&#160;à cause de la couleur du blé »&#8230;</p>
<p>Si le petit prince s&#8217;en va revoir les roses, c&#8217;est encore à cause du renard, qu&#8217;il rejoindra ensuite pour une ultime leçon&#160;: comme un robot, il répétera les conseils de l&#8217;animal, comme autant de paroles saintes à mettre en œuvre, avant de s&#8217;en aller. Sans pleurer. On pourrait alors voir deux amis que la vie sépare, mais il n&#8217;en est rien. Le renard perd une égérie, c&#8217;est-à-dire le moyen d&#8217;une égoïste concupiscence&#160;; le petit prince perd une certaine forme de virginité, converti qu&#8217;il paraît être à cette religion de l&#8217;amitié.</p>
<p>Le renard fige l&#8217;amour, il est le symbole de ce mal moderne&#160;: on aime l&#8217;amour plus que son amant. Ce goupil, c&#8217;est Aragon statufiant Elsa, qui écrivit à son mari génial dans une lettre de reproches poignante&#160;: «&#160;même ma mort, c&#8217;est à toi que cela arriverait.&#160;» En aimant plus l&#8217;amour que l&#8217;être aimé, on s&#8217;aime plus soi-même. L&#8217;autre n&#8217;est plus qu&#8217;un miroir où l&#8217;on cherche son propre reflet&#160;; il n&#8217;est que le moyen de notre concupiscence. À ce jeu, les romantiques sont aussi bons que les pornocrates. Il ne nous reste qu&#8217;à les renvoyer dos-à-dos, et à nous réfugier dans l&#8217;innocence de notre petit prince. L&#8217;important, dans l&#8217;amour de la rose, c&#8217;est la rose et non l&#8217;amour.</p>
<p>(L&#8217;image est de <a href="http://www.flickr.com/photos/brandnewbrain/">Oyvind Solstad</a>)</p>
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		<title>«&#160;Je suis venu vous parler de la France&#160;»</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Oct 2011 18:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-2007 aligncenter" title="Halle Freyssinet" src="http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/10/100_0335.jpg" alt="Halle Freyssinet" width="480" height="360" /></p>
<p>La convention d’investiture du candidat désigné par les Primaires, François Hollande, s’est tenue ce samedi à la halle Freyssinet, dans le treizième arrondissement de la capitale. Rassemblés autour des six anciens prétendants, ce sont près de quatre mille militants et sympathisants socialistes et radicaux venus de toute la France qui ont acclamé l’homme à qui les Français ont confié la lourde mais belle tâche de faire gagner la Gauche l’an prochain. J’étais parmi ces militants, dans l’ambiance chaleureuse à la fois grave et joyeuse de cette halle saturée d’espérance, en plein cœur d’une ville grelottante saisie par les froides brumes automnales.</p>
<p>Quand six heures s’inscrivirent en lettres vertes sur le cadran de mon réveil, il faisait encore nuit. Le brouillard régnait en maître sur Strasbourg, diffusant l’éclat blafard des réverbères qui prenaient de la sorte une lugubre allure. C’est à cet instant que la mélodie stridente se déclencha, déchirant les brumes de mon sommeil et m’arrachant à la chaleur de ma couette. À sept heures, je devais être à la gare&#160;: nous étions le samedi 22 octobre, six jours après le dernier tour des Primaires, cent quatre-vingt dix-sept avant les élections présidentielles&#160;; aujourd’hui, nous allions franchir la première des marches qui nous séparent encore de l’Élysée. Traversant des rues désertées en ces heures matinales, partagé entre l’enthousiasme et l’appréhension, je marchai vers la gare. Là-bas, j’y retrouvai mon père qui conduisait (heureuse coïncidence) le TGV qui devait me faire gagner Paris.</p>
<p>Nous arrivâmes aux alentours de neuf heures et demi, sans avoir rencontré le moindre souci. La traversée d’une moitié de France n’avait eu guère d’effet sur les températures toujours frigorifiques, ce qui ne put que profiter à l’heureux cafetier chez qui j’allai bien vite chercher le réconfort d’un bon chocolat chaud. J’apprécie d’ordinaire flâner dans ces grandes métropoles, et la compagnie de mon père fît office de guide (certes précaire&#160;!), lui que la conduite de ses longs serpents de ferrailles obligeait parfois à rester là de longues heures, à attendre le prochain train qu’il doit mener en sens inverse. Cela dit, le froid glacial nous découragea bien vite&#160;; nous allâmes dès lors manger dans un des nombreux fast-food de la capitale, où, comble du comble, nous traînassâmes un peu.</p>
<p>Mais déjà, l’horaire devenait contraignant&#160;: revenus en gare, je pris le métro. Il me fallait bien, pensais-je alors, une demi-heure pour rallier le point d’impact des milliers de trajectoires socialistes amorcées, comme la mienne, le matin même. Une petite vingtaine de minutes après avoir sauté dans ce lombric de tôle (et un changement de ligne plus tard), j’avais en fait déjà atteint mon objectif, où patientait un petit groupe clairsemé attendant l’ouverture des grandes grilles qui nous bloquaient. Saisissant l’occasion, comme elle le fait souvent, l’association <em>Greenpeace</em> distribuait des tracts appelant instamment le candidat Hollande à sortir du nucléaire, lui qui veut justement… sortir du nucléaire&#160;! L’écologie (et en tout cas l’économie) aurait sans doute voulu que l’impression de tracts défendant une cause déjà entendue soit évitée…</p>
<p>Les portes, qui devaient d’abord s’ouvrir pour treize heures trente, le furent finalement un peu plus tôt, afin d’épargner à certains militants l’hypothermie qui les guettait, quoique la masse finalement constituée contre les grilles suffisait à nous réchauffer à l’image de ces manchots empereurs popularisés par le film de Luc Jacquet. Après une fouille rapide, que l’on doit au plan Vigipirate, mesure d’exception devenue tristement la norme par la force du temps, nous pouvions tenter d’entrer au cœur de la halle qui nous accueillait&#160;; j’écris bien tenter tant l’informatique, parfois, s’obstine à nous mettre des bâtons dans les roues. La pauvre hôtesse dut en effet batailler ferme avec son lecteur de code-barre pour qu’il accepte de lire certains codes récalcitrants. Par chance, le mien passa plutôt bien&#160;; je récupérai donc mon badge et pus m’asseoir rapidement. Je devais toutefois me contenter d’une place de la moitié arrière, n’ayant été assez prompt à m’inscrire.</p>
<p>L’attente fût longue jusqu’après quatorze heures trente et le début de la convention, mais la musique était là pour attiser notre enthousiasme. Peu à peu, les travées s’emplirent de femmes et d’hommes de tous les âges et tous les horizons. Mon voisin de droite devait à peine dépasser les vingt-cinq ans, celui à ma gauche, handicapé, murmurait à lui-même les noms de nos grands hommes qui paraissaient à l’écran. En quelques dizaines de minutes, les rangées de chaises rouges et blanches sur lesquels les organisateurs avaient pris soin de déposer, là un drapeau du Parti socialiste, ici un drapeau français ou européen, furent pleines. Et <em>le temps des cerises</em> succéda à <em>People have the power</em>…</p>
<p>Puis enfin, le premier secrétaire fédéral de Paris, Rémi Féraud, ouvrit le bal par une brève intervention au cours de laquelle il revint sur le succès de nos Primaires, avant de céder sa place à la présidente du MJS. Laurianne Deniaud, à quelques dizaines de minutes du discours de François Hollande venu nous parler de la France, évoqua quant à elle ce rêve français qu’il s’est promis de ré-enchanter. Sur le quai d’une gare du Man, une fille quittait sa famille pour aller étudier à Paris&#160;; voilà ce rêve français que le prix des études, les sacrifices imposés aux familles, la violence sociale, ou encore les discriminations ont brisé. Bien plus que n’importe quel triple A, «&#160;ce qui fait la force de notre pays, c’est qu’un jour il a dit au monde entier que les hommes naissaient libres et égaux&#160;». C’est par ces mots que le MJS et sa présidente assurèrent leur engagement total derrière notre candidat dans le difficile combat contre la droite qui s’annonce.</p>
<p>Puis l’instant pris soudain une tournure solennelle, avec l’arrivée à la tribune de la Haute Autorité des Primaires citoyennes, venue proclamer les résultats. À l’annonce, acclamée par la foule toute entière, de la victoire de François Hollande par Jean-Pierre Mignard, le visage de celui qui, désormais, est notre candidat à tous, s’est construit sur l’écran géant. C’est à cet instant que les quatre prétendants malheureux, la première secrétaire et François Hollande rejoignirent ensemble leur place, traversant une foule qui les accueillit par des vivats.</p>
<p>Martine Aubry est la première des six à s’exprimer, en tant que Première secrétaire, afin de «&#160;sonner la mobilisation générale derrière François&#160;». Saluant l’historique conquête par la Gauche du Sénat, elle déclencha la ferveur des militants ici rassemblés, qui entonnèrent spontanément, comme autant du <em>supporter</em> d’un nouveau genre, «&#160;on est au Sénat&#160;» sur l’air de «&#160;on est en finale&#160;», non sans susciter l’amusement étonné du nouveau président de la Haute assemblée&#160;! La ligne est claire&#160;: c’est le changement. Et son nom est désormais connu&#160;: François Hollande. Prenant alors la défense du rêve français cher à François Hollande, celui de la République française, du progrès pour tous, tant mis à mal par l’actuel locataire de l’Élysée, elle conclut son intervention par ces mots&#160;: «&#160;tout est prêt pour que le prochain président de la République s’appelle François Hollande&#160;!&#160;»</p>
<p>Vinrent ensuite les quatre autres candidats. Chacun disposait de cinq minutes&#160;; tous, allègrement, prirent la parole plus de dix minutes&#160;! À commencer par Jean-Michel Baylet. Le <em>leader</em> des radicaux de gauche exprima d’abord, comme chacun le fit par la suite, sa grande satisfaction quant au déroulement des Primaires et l’espoir qu’elles suscitent. Soulignant la nécessaire synthèse des idées des différents candidats, il assura François Hollande du soutien indéfectible de son parti et de lui-même. Avec son accent chantant, Jean-Michel insista sur le rassemblement de la Gauche avant de conclure en invitant les militants présent à venir chanter, en mai prochain, <em>le temps des cerises</em> sur les marches d’un palais de l’Élysée qui aura, alors, changé de propriétaire.</p>
<p>Puis ce fut au tour de Manuel Valls d’exprimer, dans un discours empreint d’une certaine gravité, ce qu’est vraiment une investiture. Loin d’être une victoire, cette convention constitue plutôt le début d’un chemin long et exaltant, à l’occasion de laquelle notre confiance a été placée entre les mains d’un candidat. L’aventure passionnante des primaires, socle de la campagne, s’achevait&#160;; c’est alors à l’ensemble des Français que nous invita à s’adresser Manuel. Critiquant l’exercice sarkozyste du pouvoir qui se résume, en fait, à sa conquête&#160;; et constatant l’échec en matière de sécurité de celui qui s’en voulait le candidat, le député-maire d’Évry conclut par des phrases aux accents jauressiens en invitant à la reconstruction de la République, aux côtés de François Hollande.</p>
<p>L’ex «&#160;candidat de la démondialisation&#160;», ainsi que le baptisèrent bien des médias, grimpa alors à la tribune, où il démontra une nouvelle fois son talent oratoire. Le député de Saône-et-Loire se réjouit en premier lieu de ces primaires qu’il a tant défendues, et qui marquent un renouveau du Parti socialiste. Bien loin des divisions souvent promises, elle s’avérèrent en fait un réel processus de rassemblement et mirent, enfin, les idées en avant. Le projet socialiste constituait des fondations sur lesquels ces débats sont venus se poser tels les étages d’une maison. Arnaud y voit ainsi un nouvel Épinay&#160;; un Épinay citoyen. Il s’attaqua ensuite à une droite très critique, qui organise même des caricatures de jeu télé pour tenter de discréditer le projet socialiste, alors qu’elle n’en a aucun. Se félicitant qu’enfin s’interrompe, avec la crise, une glissade des socialistes vers le libéralisme, il proposa de refonder les règles du jeu, se réjouissant des ponts jetés par François Hollande entre leurs deux projets complémentaires lors de sa lettre de l’entre-deux-tours. Exprimant sa confiance et son soutien total au candidat désigné, Arnaud finit par ces mots&#160;: «&#160;la Gauche a tant à écrire dans le roman national&#160;; c’est toi, François, avec nous, qui tient la plume&#160;; nous t’y encourageons et nous sommes heureux de t’entourer&#160;!&#160;»</p>
<p>Enfin, Ségolène Royale monta sur scène, endossant pour un temps les habits de porte-parole de ces Français, rencontrés durant la campagne, à qui le pouvoir a tout pris. La tâche qui nous attend, jugea-t-elle, est immense&#160;; il nous faut changer un système où l’argent décide de tout. Il nous faut, en fait, replacer l’Humain au-dessus du cynisme de notre système financier. Reprenant les mots de François Mitterrand, qui affirmait que «&#160;lorsque la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde&#160;», Ségolène s’engagea à faire ce tour du monde aux côtés de François et avec tous les autres. Puis c’est à la droite qu’elle s’en prit, elle qui ne dispose que de deux armes&#160;: la mauvaise foi et le dénigrement. Face à cette droite qui va tout faire pour masquer son bilan désastreux, Ségolène promit de rendre coup pour coup.</p>
<p>Le discours de l’ancienne candidate achevé, les lumières s’atténuèrent et le clip d’anniversaire du 10 mai 1981 fit résonner la halle Freyssinet. La foule des militants, parcourue de frissons, accueillit par une gigantesque ovation la demande, par Robert Badinter à l’Assemblée nationale, de l’abolition de la peine de mort en France. Les applaudissements reprirent de plus belle à l’énoncé des conquêtes de la gauche&#160;; CMU, 35 heures, radios libres, peine de mort abolie, et j’en passe…</p>
<p><iframe src="http://www.dailymotion.com/embed/video/ximjr8?theme=pink_paradise&amp;foreground=%23E02C72&amp;highlight=%23BF4B78&amp;background=%23260F18" frameborder="0" width="480" height="270"></iframe><em><a href="http://www.dailymotion.com/PartiSocialiste" target="_blank"><br />
</a></em></p>
<p>Immédiatement ensuite, porté par ces applaudissements nourris, François Hollande rejoignit la tribune, acclamé par une foule qui semblait ne plus vouloir interrompre ses vivats.</p>
<p>Dès la première phrase, notre candidat donne le ton&#160;: c’est bel et bien de la France qu’il est venu nous parler. Se réjouissant de cette page des primaires que la convention d’investiture vient tourner, il entreprend de décrire son rêve français tant mis à mal aujourd’hui. Et à ceux, à droite en particulier, qui lui reprochent ce rêve, il répond en citant de Gaulle&#160;: «&#160;les gens veulent que leur histoire leur ressemble ou au moins qu’elle ressemble à leurs rêves.&#160;» Et notre porteur de rêve de poursuivre en parlant, aussi, un peu de lui. Il décrit à la foule son parcours, la genèse de son engagement. Il narre à ceux qui lui ont accordé leur confiance son histoire qui se confond si bien avec celle de la Gauche. Convoquant tour à tour les piétons de mai 68, qui avaient la tête dans les étoiles&#160;; les grandes figures de la Gauche, Jaurès et Blum en tête&#160;; celles de la République, à l’image de Jules Ferry, il s’inscrit comme l’héritier d’une bien riche Histoire, qu’il compte bien faire fructifier dès le moi de mai prochain…</p>
<p>«&#160;Ce n’est que quand il fait nuit que les étoiles brillent&#160;», disait Churchill, et le contexte chaotique dans lequel notre pays est projeté rend la victoire prochaine plus cruciale encore. François l’explique avec la gravité due à de telles conditions et constate, face à nous, la présence d’un président qui ose se parer d’expérience. Quelle prétention&#160;! Celui qui n’a rien su faire face à cette crise en tirerait un argument pour sa réélection&#160;? Notre candidat décèle là, non sans clairvoyance, l’arrogance propre aux conservateurs qui seraient, pensent-ils, nés pour commander, et servir le marché. «&#160;La droite compte sur la crise pour se sauver, résume François Hollande&#160;; les Français, eux, comptent sur la Gauche pour les sauver de la crise.&#160;»</p>
<p>Alors nos adversaires, dépourvus d’autres armes qui seraient des idées ou un projet, cherchent à susciter la peur sur les conséquences de notre arrivée au pouvoir. Ce n’est plus la menace des chars de l’armée rouge sur la place de l’étoile que brandissent désormais nos contradicteurs, mais la perte d’un triple A qu’eux-même peinent, aujourd’hui, à conserver, au point de nous accuser d’en être responsables avant même que nous ne prenions les rênes de l’État&#160;! Bien pire, ces méthodes jettent un discrédit dramatique sur la parole politique&#160;; trouble qu’aggravent encore les affaires de corruption que l’on sait. Plus que jamais, comme le propose François, il est temps de changer de président.</p>
<p>C’est alors que notre champion décline ses quatre principes&#160;; quatre principes simples qu’il veut pour guides de son action&#160;: la vérité, parce que les Français en ont assez des lendemains qui déchantent&#160;; la volonté, nécessaire «&#160;pour désigner les responsables, affronter les coupables et mettre un terme aux dérives de l’argent&#160;»&#160;; la justice, car l’impôt n’est acceptable que s’il est justement réparti&#160;; et l’espérance, puisqu’il est dans l’ADN de la Gauche de refuser la résignation, la fatalité et le découragement. La voie balisée par ces principes, il propose trois grands pactes pour la France dont il vient nous parler.</p>
<p>Le premier est le pacte productif, condition de la croissance. Il nous faut, déjà, mettre la finance au pas. Ce pacte consiste à produire mieux pour renouer avec une croissance respectueuse tant de l’environnement que du travail. Il repose donc sur la connaissance, la formation, la recherche et l’investissement. Il consiste, aussi, à affirmer clairement que la France n’a pas vocation à demeurer l’idiot utile du village global dont parlait Arnaud. La réciprocité et le respect de l’environnement et des droits du travail doivent présider aux échanges&#160;; c’est cela, le juste échange que nous prônons.</p>
<p>Le deuxième pacte est le pacte éducatif&#160;; celui qui fait de la jeunesse une priorité. Face au chômage de masse et à la grande précarité qui frappent nos jeunes, François propose l’embauche de 60&#160;000 enseignants et professionnels de l’éducation supplémentaires durant le quinquennat, une refonte des conditions de travail, une réforme des rythmes scolaires, ou encore le rétablissement de la formation des professeurs. Il défend aussi, au-delà de l’éducation mais toujours s’adressant à la jeunesse, les emplois d’avenir qui ont tant fait jaser, et aussi le contrat de génération qui profitera à ceux, aux bouts de la chaîne, qui sont d’ordinaire rejetés par le système.</p>
<p>Le troisième pacte, enfin, c’est le pacte démocratique. Depuis bientôt cinq années, la République a été maltraitée, et nos institutions dévoyées. En fait de République irréprochable, Nicolas Sarkozy fut le président d’une République irresponsable&#160;; voire, parfois, irrespirable. Alors il nous faut une République exemplaire, ce qui passe par la réforme du statut pénal du chef de l’État, une République moderne où l’on met fin, enfin, au cumul des mandats, et une République contractuelle, où se développe la démocratie participative, car un homme, même élu par une majorité de Français, ne peut pas décider de tout, pour tous, tout seul.</p>
<p>François Hollande évoque ensuite la place de la France dans le monde et son rôle majeur dans la construction européenne qu’il faut à tout prix relancer, à l’heure où l’Union européenne n’est plus guère qu’une union de marché. La France a un message à transmettre au monde, un message de paix et de liberté&#160;: celui des droits de l’Homme.</p>
<p>Et François de conclure son fabuleux discours qui a, plus d’une heure durant, électrisé l’immense halle Freyssinet, par ces mots&#160;: «&#160;je vous donne rendez-vous avec la République&#160;; je vous donne rendez-vous avec la France&#160;!&#160;» Rendez-vous est pris avec cette France dont il nous a si bien parlé… Pendant de longues minutes, les militants, debout, l’ovationneront&#160;: c’en était donc fini de la Primaire. Cette convention d’investiture marquait une étape, et le combat contre les forces de la droite, les forces de l’argent, les forces de la haine, pouvait enfin commencer…</p>
<p>Je restai assis encore quelques instants, tandis que les rangs se vidaient. Partout autour de moi, les militants portant fièrement le badge «&#160;Ensemble avec François Hollande&#160;» arboraient le même sourire d’une joie contenue, mêlée d’espoir et d’envie d’en découdre. Je repensai à cet homme, à quelques sièges de moi seulement, la quarantaine et les traits marqués, je le devinai, par la rudesse de son travail&#160;; cet homme qui applaudissait à tout rompre durant chacun des discours et qui, je ne saurais précisément dire à quel moment, laissa même quelques larmes s’écouler sur ses joues. Je repensai aussi à ces visages saisis par les réalisateurs, où les yeux bien souvent brillaient. Et je mesurai à l’émotion soulevée l’ampleur de la tâche qui nous attend, et l’immense espoir du peuple de Gauche que nous ne devrons pas décevoir.</p>
<p>C’est alors que je sortis. Le brouillard qui, le matin même, glaçait encore les rues de la capitale, s’était estompé. On pouvait, désormais, voir le ciel bleu lorsqu’on levait les yeux. Quelques militants étaient là, dehors, à discuter entre eux ou à appeler leurs amis. Je rencontrai ici une autre Mosellane, Aurélie Filippetti, qui me fit part de sa grande émotion. Nous discutâmes un peu de droit d’auteur à l’ère du numérique, puis je m’en allai, laissant derrière moi ce fragment de campagne encore effervescent. Dans le métro à destination de la gare de l’est, je croisai çà et là encore quelques porteurs du badge de la convention. À mon arrivée, je retrouvai mon père quelques minutes, avant de grimper dans le TGV qui me fit regagner Strasbourg.</p>
<p>Je retrouvai ma ville, laissée le matin même aux ténèbres nocturnes, pareillement drapée dans les voiles de la nuit. Mais les lumières avaient un éclat différent. Dans le ciel, quelques étoiles brillaient. Peut-être le brouillard s’était-il simplement quelque peu dissipé&#160;? Je crus voir au contraire dans ces nouveaux éclats l’amorce d’un ré-enchantement&#160;; comme un symbole de l’espoir ré-insufflé aux cœurs des milliers de militants qui avaient pris comme moi le chemin de Paris, par celui qui donne désormais son nom au changement&#160;: François Hollande.</p>
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