oct 7 2011

Je voterai Montebourg

Cher lecteur, cher ami,

Comme tu le sais sûrement, tu pourras ce dimanche 9 octobre choisir, grâce aux primaires citoyennes, le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de gauche aux prochaines élections présidentielles. Tout le monde peut voter ! Il suffit d’être inscrit sur les listes électorales, de se munir d’un euro et de se reconnaître dans les valeurs de la Gauche. Tu pourras trouver ton bureau de vote, qui sera ouvert de 9 heures à 19 heures, sur le site des primaires. En cas de doute, n’hésite pas à me contacter !

Ces élections primaires sont une véritable avancée démocratique qui rendent la politique plus ouverte, et ne la réservent plus aux élites ou aux technocrates des grands partis. La droite elle-même, par la voix de François Fillon, concède d’ailleurs qu’elle devra y venir. C’est dimanche que s’engage la bataille pour battre, en 2012, Nicolas Sarkozy et sa politique désastreuse : je compte donc sur toi pour te déplacer et voter pour l’un des six candidats en lice.

Pour ma part, j’ai décidé de soutenir Arnaud Montebourg. Grâce à la démondialisation qu’il défend, il entend redonner au politique son pouvoir aujourd’hui abandonné à une économie aveugle. La démondialisation, c’est la préférence pour les salaires et la protection sociale plutôt que les dividendes boursiers ; c’est la réindustrialisation de l’Europe, et une réindustrialisation verte ; c’est, en fait, la reprise en main de notre destinée. Cela passe par la régulation d’une finance devenue folle (les crises qui s’enchaînent le montrent bien), afin d’éviter les dérives qui ont conduit à la crise, et le retour d’une Europe forte dans l’économie mondiale, en mettant en place des protections commerciales à ses frontières pour éviter le dumping social et environnemental, les délocalisations et la baisse des salaires. La démondialisation consiste à tenir tête aux forces de l’argent. Aujourd’hui, comme au lendemain de la crise de 1929 aux États-Unis, les raisins de la colère mûrissent : si nous ne comprenons pas que la politique doit être plus forte que la finance, ils finiront par être mûrs et ce sera trop tard…

« La mondialisation, écrivait le philosophe allemand Jurgen Habermas, c’est l’effondrement du pouvoir d’achat des bulletins de vote » : ce qu’Arnaud propose, c’est de reprendre le pouvoir sur ce système extrémiste qui se traduit, par exemple, par ces salariés des fonderies du Poitou qui doivent accepter une baisse de 25 % de leurs salaires, qui n’étaient déjà pas bien hauts… Le libéralisme débridé conduit aux pires extrêmes, comme en témoignent le taux de chômage qui ravage les espoirs de nos jeunes, le nombre de sans-logis qu’un certain président s’était pourtant juré de réduire à zéro, ou encore ces salaires de misère qui obligent bien des travailleurs à terminer le mois la boule au ventre, comptant à chaque article rajouté dans le caddie de courses devenues infernales l’argent qu’il leur restera une fois rentrés chez eux. La démondialisation fait, ici, cruellement ressentir son urgente nécessité : la proposition est claire, concrète et courageuse. Ton bulletin de vote peut participer à écrire l’Histoire ! C’est essentiel : sans cette démondialisation, aucune autre promesse ne pourrait être tenue…

Par ailleurs, Arnaud n’est pas comme ces hommes politiques que le pouvoir corrompt : alors que l’actualité nous montre sans cesse la confusion des intérêts du pouvoir et de l’argent, qui peut dire que son combat de 10 ans pour une VIe République n’était pas justifié ? Ce combat était en avance sur son temps. Il faut moderniser nos institutions, les rendre plus transparentes aussi : c’est pour cela qu’il est, dans la primaire, le seul défenseur de l’open data, qui consiste à rendre accessible les données publiques à tous les citoyens dans des formats ouverts. Il n’est pas un homme d’appareil : sa campagne, il l’a fondée sur ses milliers de volontaires à travers la France. Sa campagne, inspirée de celle d’Obama, il l’a faite dans les rues, organisant pour la première fois en France des stand-up en plein air, au contact d’un peuple dont beaucoup d’autres parlent sans même l’avoir rencontré… Arnaud a des idées nouvelles, il est le fer de lance d’une nouvelle Gauche et le défenseur d’une nouvelle République : il est le vrai candidat du changement.

Aujourd’hui, il nous faut des idées et des rêves pour bâtir la nouvelle France, des idées qui concrétisent ces rêves qui nous rassemblent, des idées et des rêves que porte Arnaud Montebourg : c’est pour cela que je voterai Arnaud Montebourg dimanche prochain, et que je t’invite à en faire de même ! Ensemble, nous pouvons le qualifier pour le second tour et faire de lui notre candidat pour la présidentielle, notre candidat pour battre Nicolas Sarkozy et redresser la France !

Pour découvrir plus en détails le programme d’Arnaud, sur la rénovation de l’école, la sécurité, et j’en passe, n’hésite pas à te rendre sur son site ou à t’adresser à moi ! N’hésite pas non plus à transférer ce message à tes amis !


sept 22 2011

La Justice qui tue

[MàJ : la manière dont Troy a été exécuté, son exécution suspendue à la dernière minute pour finalement avoir lieu un peu plus de quatre heures après, rajoute à l’inhumanité et à l’injustice du traitement qu’il a subi. Ce petit jeu avec la vie du condamné à tort, avec ses espoirs, est scandaleux.]

« La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. » (Jean Jaurès)

Troy Davis

Il y a trente ans, le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale votait l’abolition de la peine capitale en France, mettant enfin un terme en Europe occidentale à la barbarie d’une Justice qui tue. Par-delà l’océan, cette nuit, comme un nauséabond écho, la Justice américaine s’apprête à assassiner Troy Davis, noir qu’on accuse du meurtre d’un policier blanc qu’il n’a sans doute même pas commis…

À l’instant où vous lirez ces lignes, Troy Davis sera probablement mort, empoisonné par les bourreaux américains. À l’instant où je les écris, il attend l’issue fatale. Lui qui n’a sans doute rien fait, lui qui n’a eu pour seul tort que d’avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment, attend sa mort dans un état qu’il serait même impossible de décrire par des mots. À l’heure où j’écris ces quelques lignes, Troy vit et respire encore. En Géorgie où il croupit, le ciel se fait menaçant. Derrière les murs de sa prison, des manifestants tentent désespérément de faire entendre raison au système inhumain qui l’oppresse. À travers le monde, d’autres rassemblements s’organisent, comme un début de veillée funèbre aux airs planétaires. Troy sait qu’il va mourir, la fin immuable de sa tragédie se dessine évidente à ses yeux comme aux nôtres ; mais ni lui, puisqu’il est homme, ni nous, devant son courage face à l’injustice, ne saurions nous y résigner…

J’essaie d’imaginer l’état de cet homme, à cette heure, lui pour qui le soleil qui chez moi est déjà couché ne se lèvera plus. Lui qui ne mangera plus. Lui qui ne verra plus ses amis, sa famille. Si l’assassin assassiné, déjà, est un scandale, il n’est pas de mot assez fort pour décrire l’horreur du meurtre par un État d’un citoyen innocent, car son dossier, en effet, est affreusement vide.

Les faits, puisque nous y sommes, se sont produits alors que je n’étais pas encore né. Troy, quant à lui, avait l’âge que j’ai aujourd’hui : dix-neuf ans. Il avait encore pour lui l’avenir, même si la couleur de sa peau devait déjà le handicaper. Mais en août 1989, son destin bascule. Le 19 de ce mois, un jeune policier, qui n’était pas en service, intervient pour mettre un terme à l’agression d’un SDF, mettant en fuite ses trois agresseurs. L’un d’eux, poursuivi, tire sur le policier et le tue. C’était il y a plus de vingt ans, quelque part dans la ville de Savannah, en Géorgie ; à un endroit où Troy eut le malheur de se trouver lui aussi. Bien vite, il fait figure de coupable idéal ; les témoins le désignent et, malgré l’absence de preuve matérielle ; malgré l’absence, même, de l’arme de crime, Troy est condamné à mort. Nous sommes alors en 1991.

Notre homme est donc expédié dans les couloirs de la mort sous la seule foi de neuf témoins, dont sept aujourd’hui ont fait machine arrière sous serment ! Sept de ses neuf accusateurs avouèrent en effet, par la suite, en 2007, avoir subi des pressions policières, ou même avoir eu peur de contredire la « version officielle ». Certains affirmèrent alors n’avoir en fait pas reconnu Troy comme l’agresseur. Pire que cela, un faisceau d’indices tend à montrer qu’un autre homme, Sylvester Coles, serait le meurtrier… « Le meurtrier était gaucher », se souvient un témoin. Troy est droitier ; et ce n’est là qu’un exemple d’incohérence mis au jour depuis l’affaire.

Ces révélations devraient terrifier les juges. Il n’en est rien. Elles ont pourtant secoué les jurés qui, en 1991, avaient condamné à mort Troy Davis. Alors que l’unanimité du jury est nécessaire pour prononcer une telle peine, plusieurs d’entre eux affirment aujourd’hui qu’au vu de ces nouveaux développements, ils n’auraient tout bonnement pas condamné Troy. Le dossier est vide, comme sont forcés de la constater toutes celles et tous ceux qui se penchent dessus quelques instants. C’est le cas par exemple du président Jimmy Carter, qui a fait savoir dans une lettre son opposition à l’exécution de cet accusé qui s’avère bien plutôt victime de la machine judiciaire.

Comme souvent, une fois le crime commis, il fallut pour calmer l’émoi trouver rapidement le coupable. Et à défaut, un coupable. Le noir Troy Davis, qui traînait par là, en fait un idéal ; qu’importe qu’il ne s’agisse pas de lui, l’important pour cette Justice américaine, bien plus que d’exhumer la vérité, c’est de mimer l’efficacité. Alors, selon ce que l’on appelle « l’effet tunnel » qui, déjà, a fait tant de mal à cet autre condamné à tort qu’est Hank Skinner, l’enquête glisse de la recherche du coupable à la recherche de preuves inculpant le coupable que l’on s’est choisi. On n’enquêtait plus, on cherchait juste des éléments accablant Troy Davis. Pauvre Justice…

Troy Davis, nous dit-on, a tué un policier… mais il n’y a pas de preuve ! L’arme du crime ? Volatilisée ! Aucun élément matériel ne vient accuser notre pauvre homme ; seuls l’accablent les témoignages de neuf personnes… dont sept, depuis, se sont rétractées, avouant même avoir menti pour bien paraître ! Condamner quelqu’un dans le doute, a fortiori à mort, est déjà impensable : le condamner alors qu’on a la quasi-certitude de son innocence est un non-sens. C’est un crime exécuté avec froideur par l’État. Malgré cela, malgré les doutes insupportables, pour ne pas dire les failles béantes du dossier, les juridictions de l’État de Géorgie restent sourdes. Les demandes de grâces sont machinalement rejetées.

Alors on mesure l’ampleur du scandale, la révolte qui s’empare de milliers d’hommes et de femmes de par le monde qui ressentent dans leur chair l’horreur de l’Injustice et la colère de l’impuissance. C’est cela qui transpire de ces manifestations dans les grandes villes de France et d’ailleurs, cela qui transparaît dans ces millions de messages sur les réseaux sociaux. Personne n’est indifférent, mais tous, moi le premier, nous sommes gagnés par cette amertume de ne rien pouvoir faire. On assiste au drame, il ne reste maintenant plus que quelques minutes. Je me souviens ici des lignes terribles par lesquelles Robert Badinter décrivait, dans l’Exécution, les derniers instants de Bontems, son client, qui fut guillotiné. Ces instants terribles où la Justice devient bestiale, où les hommes sombrent dans la cruauté légitimée. Quand la lame de la guillotine s’abat, le crime change de camp. Quand l’injection est terminée, l’assassin n’est plus celui qu’on croit. À l’heure qu’il est, on a dû proposer quelque médicament à Troy afin de le décontracter. Il n’est plus qu’à quelques mètres, et à quelques minutes, de sa mort.

Cette Justice qui tue ne grandit pas le « pays des libertés »… Aux États-Unis, secoués par cette affaire, les journaux prennent position. Pour l’abolition.

« Nous ne savons pas si Davis est innocent ou pas. Lui seul le sait, avance le Los Angeles Times que je cite à partir du Monde. Mais tant de doutes ont surgi depuis sa condamnation qu’il est impossible de dire avec certitude s’il est coupable. C’est pourquoi sa peine aurait dû être commuée en prison à vie, sans discussion, et c’est pourquoi la peine de mort doit être abolie. […] Cette exécution, si elle est menée à son terme, doit rappeler à tous les Américains l’injustice inhérente à une méthode de punition primitive. »

« D’un bout à l’autre des États-Unis, le processus légal de la peine de mort a prouvé son caractère discriminatoire et injuste, assène le New York Times. […] Cas après cas, les raisons s’accumulent pour abolir la peine de mort. »

La peine de mort, par essence définitive, ne saurait correspondre à un système humain, trop humain, et donc imparfait. Elle présuppose de plus, comme le rappelait il y a trente ans Robert Badinter, que les hommes puissent être totalement coupables, c’est-à-dire, totalement responsables, ce qui est absurde. La peine de mort est barbare. Des institutions qui tuent ne sauraient se targuer du nom de « Justice ».

Je repense, enfin, à Troy Davis tout près maintenant de son dernier souffle. J’essaie d’imaginer la souffrance mentale d’un homme avec la vie duquel on joue ; que l’on prévoie de tuer un jour pour finalement le tuer le lendemain. Quel est l’état d’esprit de celui qui se sait innocent, contre qui la machine s’abat cruellement, d’autant plus cruellement qu’elle lui procure de faux espoirs ? Troy sait que tout est fini, désormais. Il a adressé une dernière lettre à ses nombreux soutiens, parfois de poids, mais finalement sans effet. Quelques derniers mots d’un courage effroyable :

« There are so many more Troy Davis’. This fight to end the death penalty is not won or lost through me but through our strength to move forward and save every innocent person in captivity around the globe. We need to dismantle this Unjust system city by city, state by state and country by country.

I can’t wait to Stand with you, no matter if that is in physical or spiritual form, I will one day be announcing,

“I AM TROY DAVIS, and I AM FREE!”

Never Stop Fighting for Justice and We will Win! »

Adieu, Troy…

Merci, Monsieur Badinter…


sept 1 2011

Universités d’été de La Rochelle

Espace Encan

Après une matinée passée à sillonner les routes de l’île de Ré, offrant à ma vue un océan Atlantique torturé par de forts vents et une côte dessinée par les contrastes d’une lumière de lendemain d’orage, je me suis donc rendu à l’espace Encan pour assister aux Universités d’été du PS que je vais tenter de vous faire revivre au travers de mon témoignage.

Ce qui impressionne, d’abord, c’est l’ambiance qui entoure l’événement. Dans les rues de La Rochelle, aux terrasses des cafés, aux tables des restaurants, partout on croise des femmes et des hommes portant le badge des participants, le pin’s « fier de voter aux primaires », ou encore marchant avec le sac en toile aux couleurs du Parti remis à chaque participant. La ville semble battre trois jours durant le pouls d’un même parti. Il fait bon être socialiste dans une ville acquise à la gauche, ce qui n’a pas manqué de marquer le Sarrebourgeois que je suis !

Ayant, donc, récupéré le nécessaire (badges, programmes, …), j’ai pris le chemin de la salle plénière, où la cérémonie d’ouverture devait commencer à 14 heures 30. Rapidement, les places se remplirent de militants motivés, et l’ambiance s’enivra aux rythme de musiques engagées. L’arrivée des candidats socialistes à la primaire échauffa encore un peu l’ambiance et c’est finalement porté par une foule de socialistes et de sympathisants survoltés que Maxime Bono, député-maire de la ville, ouvre les universités d’été. Le secrétaire général du MJS, Victor Vidilles, prit ensuite la parole, rappelant notamment la nécessaire union de la gauche à l’occasion d’un discours vibrant des échos de Blum, avant de céder le micro à Emmanuel Maurel. Cette université, ont-ils tenu à souligner, ne doit pas être le début de la primaire : le temps, très clairement, ne doit pas être à la division.

Quittant, à l’issue de cette plénière d’ouverture, une salle surchauffée par la foule et les journalistes collés aux candidats comme des moules à un rocher de l’île de Ré, j’ai retrouvé Jean-Marc Todeschini, premier fédéral de Moselle et Sénateur ; l’occasion pour moi de faire la connaissance des quelques Mosellans qui l’accompagnaient, avant que nous allions tous deux dans un café non loin de l’Encan pour discuter un peu. À ses côtés, on croise quelques notables, parmi lesquels Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat. Soucieux du point de vue que les jeunes portent sur le Parti, sa structure, son archaïsme, Jean-Marc évoque aussi la campagne des sénatoriales, et parle avec passion de la fonction de Sénateur. Nous nous séparons finalement vers 17 heures : tandis qu’il se rend à une réunion, comme il confie en avoir de nombreuses prévues ces jours-ci, je retourne aux Universités pour assister à un atelier sur la politique culturelle des plus intéressants.

Sous la houlette de Karine Gloanec-Maurin, la partie culturelle du programme de notre parti a été évoquée, notamment par Sylvie Robert. Ce sont ensuite deux artistes qui ont pris la parole : la chorégraphe et danseuse Emmanuelle Huynh, et l’acteur et réalisateur Robin Renucci. L’un comme l’autre ont montré, comme l’a souligné par la suite Aurélie Filippetti, que si les silences qui suivent Mozart sont encore du Mozart, les artistes, lorsqu’ils parlent d’art, font encore de l’art.

Emmanuelle Huynh met bien en évidence les enjeux de l’art lorsqu’elle avoue que, par la danse, elle fut amenée à étudier la philosophie et l’Histoire. Mais elle fait aussi part de l’inquiétude qui ronge les artistes français : par des mots poignants, elle déplore le manque d’argent, de temps, et finalement d’imagination qui hante notre temps. C’est la place de l’artiste, craint-elle, que l’on remet en cause. Et la chorégraphe de conclure, un brin désabusée, que, sans artiste, il n’y a point d’art…

C’est ensuite un Robin Renucci en grande forme qui s’est exprimé, liant la société créative au vivre ensemble ; la société créative ne doit plus être fondée sur la marchandisation, la concurrence, mais doit au contraire permettre à chacun d’exister, et non de seulement subsister : le temps de subsistance ne doit pas être aliénant. Il s’est ensuite livré à un cas d’école de ce que le philosophe qualifierait de distinction conceptuelle, en donnant pour rôle à l’école de cultiver les singularités et non de favoriser les particularités. La particulier est divisible, insipide. Le singulier est le germe même de la création. L’enjeu, finalement, c’est de montrer que nous sommes tous artistes ; il n’y a pas de partition entre créateurs et consommateurs, entre ceux qui pensent et ceux qui les croient, maîtres d’un côté, esclaves de l’autre. C’est ainsi que Robin Renucci s’attaque au concept « d’accès à la culture » : il n’y a pas à favoriser l’accès des esclaves aux créations des maîtres, mais bel est bien de faire de tous des créateurs. La culture n’est pas hors de nous, un bien ; mais en nous. C’est pourquoi la pratique est essentielle ; l’histoire des culture ne saurait résumer la culture. L’enjeu, enfin, c’est donc le développement des pratiques culturelles. Et Romain Renucci conclue finalement en citant Char, affirmant qu’il n’est pas question de budget ni d’argent : « méfie-toi de l’ornière du résultat. »

Malgré les quelques gouttes qui ont accompagné cette première journée, elle fut donc à la fois riche et passionnante, dans une ambiance détendue et sympathique. Ce qui prime sur les petites querelles que veulent absolument voir les journalistes, à l’image de ces fous qui s’auto-persuadent de l’impossible, c’est bel et bien l’unité de militants studieux, venus plus nombreux que jamais. Ce qui est de bon augure pour les échéances à venir.

La nuit fut courte et le réveil matinal pour cette journée qui s’annonçait intense, commençant à neuf heures pour s’achever après dix-neuf heures trente. C’est sous un soleil radieux que je me suis donc rendu à l’espace Encan pour assister, en premier lieu, à une conférence sur les premières réformes de la mandature, animée par Marylise Lebranchu, Catherine Trautmann et Laurent Fabius. La salle, aux rangs déjà chargés à mon arrivée, sera finalement pleine de plus de 1 000 spectateurs.

Le premier constat, établi par Marylise, est accablant pour tout républicain : la députée nous fait en effet part d’un sentiment d’humiliation de l’opposition parlementaire. L’exemple le plus flagrant réside, souligne-t-elle, dans les journées d’initiative parlementaire où l’opposition propose ses propres textes : cette apparente avancée cache en réalité un mépris effroyable, puisque le gouvernement, bien souvent, renvoie le vote comme il en a le droit au mardi suivant, n’écoutant ainsi rien des propositions d’une opposition qui, de plus en plus, a l’impression de parler dans le vide… Cela amène à défendre plus encore le respect de l’opposition parlementaire : si la gauche gagne en 2012, elle saura traiter l’actuelle majorité autrement qu’elle-même n’a été traitée.

Catherine Trautmann s’est ensuite attelée à détailler pourquoi et comment le temps européen et le temps national devaient coïncider, rappelant au passage le contexte européen dans lequel se tiendra, en mai 2012, l’élection présidentielle française : la présidence de l’Union sera alors assurée par le Danemark, qui pourrait lors de prochaines échéances électorales virer à gauche. Il faut régler une double crise du crédit, affirme l’eurodéputée : crise du crédit financier, crise du crédit politique, la solution à la dernière passant par la résolution de la première. Et pour résoudre cette crise, elle propose une politique de régulation des marchés, de réduction des dettes et d’investissement, notamment industriels. C’est, en fait, à une réelle gouvernance de l’Europe qu’en appelle l’ancienne maire de Strasbourg.

C’est enfin Laurent Fabius qui s’exprime, détaillant le calendrier chargé qui attend le vainqueur de la présidentielle. Rappelant avec malice, sans jamais citer de nom, son soutien à Martine Aubry, Laurent s’attache aussi à dégager quelques principes quant à la formation du futur gouvernement : parité, diversité, place importante (en termes de ministères) accordée à l’environnement, à la fonction publique, aux droits des femmes. De grandes rencontres attendent le président nouvellement élu, dont un sommet du G8 et un de l’Otan fin mai à Chicago, lors desquels la politique nouvelle de la France devra être affirmée et expliquée à nos partenaires internationaux. Il faudra en tout cas se démener : le nombre de lois et de textes budgétaires votés la première année serait, dans la perspective actuelle, le plus important jamais enregistré, et de loin. Qui plus est, la gauche entend proposer par référendum, en octobre / novembre 2012, une révision constitutionnelle.

Quittant l’auditorium où s’est tenu cet exposé de ce que serait une gauche victorieuse en 2012, j’ai pris la direction d’un atelier traitant du numérique et animé par le député Christian Paul, qui était entre autres l’un des fers de lance de la bataille contre Hadopi à l’Assemblée nationale. Rappelant en guise d’introduction les convictions du Parti socialiste à propos du numérique, telles que la volonté de faire de l’accès à Internet un droit fondamental lié à la liberté d’expression, Christian s’est ensuite empressé de donner la parole à Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation pour l’Internet nouvelle génération.

Ce dernier considère que l’ère des pionniers est dépassée et appelle à porter un regard neuf sur le numérique, afin d’en voir enfin la « part sombre ». On a en effet voulu, en quelques sortes, le cuisiner à toutes les sauces ; faire entrer les ordinateurs dans les salles de cours, le faire s’immiscer dans la gestion du travail, sous prétexte que le numérique, « c’est bien ». Pourtant, le numérique permet aussi un nouveau contrôle des travailleurs, comme ces casques électroniques qui guident les magasiniers dans leurs allées par une voix de synthèse leur donnant les instructions comme le décrit Daniel Kaplan, donnant l’affreuse image d’un homme dirigé par la machine. Mettre des ordinateurs dans les écoles n’est pas non plus la solution miracle, car il demeure possible de faire des usages rétrogrades de la technologie. Ce qu’il faudrait plutôt c’est bien éduquer au numérique ; par exemple à la frappe au clavier, toute aussi noble que l’écriture, et qui dans une société numérique pourrait bénéficier aux citoyens, leur évitant trouble musculo-squelettique ou lenteurs handicapantes. Le numérique doit soutenir le travail : il ne faut pas faire du numérique pour faire du numérique.

C’est ensuite au tour de Stéphane Distinguin, jeune entrepreneur dans le secteur des « nouvelles » technologies, de s’exprimer. Jugeant le numérique « plutôt foncièrement de gauche », il évoque son expérience personnelle en commençant par rappeler cette vérité : le numérique est le secteur qui crée le plus d’emplois. Il nous apprend ensuite que ce sont les collectivités locales, bien plus qu’un État qui préfère s’occuper des entreprises du Cac 40, qui aident et participent au développement du numérique et des PME du secteur. Qui plus est, l’absence de lisibilité dans la politique numérique nationale entraîne une précarité invivable pour le chef d’entreprise. Insistant enfin sur la nécessité de ne pas laisser se creuser le fossé numérique, Stéphane esquisse la piste de la culture populaire que lui évoque le numérique.

C’est enfin Renaud Lagrave, premier fédéral des Landes, qui s’exprime. Inquiet de la gouvernance d’Internet et de ses contenus, Renaud soutient que les collectivités territoriales devraient mettre en ligne leurs propres contenus, vérifiés par des experts, notamment sur Wikipédia. Pour l’heure, en effet, seuls des anonymes contribuent et les informations ne sont pas toujours fiables. Pour qu’elles soient bonnes, la solution n’est pas de critiquer mais bien d’alimenter ces sites en contenus certifiés. Enfin, le premier fédéral des Landes souligne avec grand regret que l’État n’investit plus dans le logiciel libre, dont les enjeux sont pourtant essentiels.

Les réactions de l’auditoire sont surprenantes de qualité, de précision et de technicité. Elles évoqueront le droit à l’oubli, c’est-à-dire ce risque qu’une publication compromettante demeure éternellement accessible, ou bien encore le stockage des données. Au chaud, sur les serveurs de Facebook ou de n’importe quel autre site hébergé aux États-Unis, les données stockées sont accessibles par les autorités américaines, qui ne se privent pas de la faire, tout à fait légalement. Le problème n’est donc pas vraiment « Big Brother » puisque nous sommes tous devenus des « Little Brother » qui alimentons nous-même le fichier.

Le temps passant, c’est, bien plus que les fichiers, les militants qu’il fallut bientôt alimenter : à l’issue de cet atelier passionnant et, comme les précédents, plein à craquer (des camarades restèrent debout, d’autres assis à même le sol, faute de place !), je me suis donc rendu à l’espace restauration où nous attendait un buffet. J’y ai fait la connaissance d’une militante parisienne, puis d’un couple de Rochelais, avec lesquels j’ai pu discuter de cette ville formidable et de la gestion de son maire, Maxime Bono. Le temps, cependant, ne s’arrête jamais et je dus bien vite me rendre à l’atelier sur l’immigration, qui marquait le début de mon après-midi…

Le ventre plein, et la tête occupée à repenser au réseau ferroviaire, au non-cumul des mandats plus ou moins affirmé selon les candidats, et à tout un tas d’autres sujets évoqués avec les quelques camarades qui déjeunèrent avec moi, je me suis donc dirigé au premier étage de l’espace Encan pour assister à un atelier traitant d’immigration. À mon arrivée, déjà, les sièges étaient bien occupés. Il ne s’en fallut que des quelques minutes pour que la salle soit pleine, obligeant les retardataires à rester debout. Bruno Le Roux et Sandrine Mazetier, tous deux députés, animaient une table ronde qui réunissait Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, Rokhaya Diallo, chroniqueuse et militante associative et Patick Simon, démographe. Une jeune militante du MJS, Aurélie, ouvrit les débats en évoquant l’idée de « citoyenneté de résidence » et jugeant de la France qu’elle a oublié son Histoire.

Puis ce fut au tour de Pierre Henry d’expliquer en quoi faire la France du XXIème siècle, comme y invitait l’intitulé complet de l’atelier, revenait à rompre avec la politique menée par Nicolas Sarkozy. Cette politique brutale qui se résume à trois « I » pour Immigration, Insécurité et Identité est, en effet, un échec total, qui plus est productrice d’inégalités. Pour autant, il ne faut pas se définir en creux par rapport à Nicolas Sarkozy. Il convient avant tout de changer les mots ; ces mots qui, comme le soulignera en clôture des universités Emmanuel Maurel en nous invitant à ne plus parler de « charges sociales », sont chargés de sens idéologiques, et à déconstruire les préjugés. Il faut par exemple garder à l’esprit qu’il n’y a pas une immigration mais des migrations, et que ces migrations ne sont pas menaçantes : 97 % de la population mondiale ne migre pas. Il faut faire de la diversité un atout. Faire France, continue Pierre Henry, c’est ne pas se tromper de diagnostique. Insistant sur l’importance, pour la France, d’être un modèle positif en Europe, il conclue en rappelant que la politique migratoire est l’une des plus complexes à mettre en œuvre, car face aux règles générales, il y a des cas particuliers humainement difficiles.

C’est alors Rokhaya qui prit la parole, dans une intervention qui suscita de vives réactions parmi l’auditoire. Ces réactions et certaines interventions qui vinrent ensuite mettent en exergue la difficulté qu’on peut encore rencontrer même dans nos rangs, et c’est regrettable, lorsqu’on parle d’immigration ou de laïcité. Rokhaya, comme l’expliquait en introduction Sandrine Mazetier qui déclarait par ailleurs avoir beaucoup aimé le livre de l’intervenante, est dure avec la gauche et bien plus tendre avec Rachida Dati ou Rama Yade, mais elle s’en explique : si elle est si dure avec la gauche, c’est parce qu’elle sait qu’elle n’a rien à attendre de la droite. S’en prenant à Hortefeux et Zemmour, qui donne l’un comme l’autre l’image d’un racisme décomplexé, et surtout non sanctionné, elle souligne l’absurdité de l’expression « issus de la diversité ». La diversité est le fait autant des uns que des autres ; il n’y a pas les blancs et, à côté, la diversité ! Évoquant ensuite la laïcité et ses fondements juridiques, Rokhaya rappelle qu’au départ la laïcité est une idée pacificatrice qui a été pervertie par la droite en laïcité de combat, bonne à stigmatiser le musulman. Alors qu’elle cherchait, historiquement, à apaiser une France qui connut les guerres de religions, elle sert aujourd’hui à justifier l’interdiction de signes religieux dans l’espace public ou le voile intégral, et devient une arme retournée contre l’Islam. En conclusion, la fondatrice des Indivisibles déclare non sans un brin de provocation que les communautarismes ne résident pas dans les cités, mais à Neuilly où l’on ne trouve que des blancs, ou encore à l’Assemblée qui demeurent encore bien inaccessible aux femmes.

C’est donc dans une ambiance électrisée par l’intervention de Rokhaya, surchauffée par l’excitation d’une salle que le soleil radieux avait déjà bien chauffée, que Patrick Simon prit la parole. Ce démographe dresse le sombre constat, chiffres à l’appui, « qu’on n’est pas mieux que les États-Unis », que la France est saturée de préjugés et de stéréotypes qu’il nous faut déconstruire. Le problème tient à notre façon de gérer notre Histoire (coloniale notamment). Affirmant, avec Rokhaya et Sandrine, que le racisme est au fond de chacun d’entre nous, comme le mal est banal d’après Anna Arendt, le démographe estime que l’on peut tous, consciemment ou non, faire de petites différences qui ont de grandes conséquence ; d’immenses conséquences. Féru de statistiques, l’intervenant souligne que les pays où le racisme est le plus fort sont, aussi, ceux qui offrent les droits sociaux les plus importants : l’égalité produit des discrimination, il nous faut donc concilier tolérance, migrations et État-providence.

Concluant un atelier qui a pris du retard, Bruno Le Roux dénonça les propos tenus par certains députés de droite qui sont, a-t-il rapporté, d’une gravité exceptionnelle. Si la gauche gagne en 2012, le député en appelle à une rupture idéologique. Assénant avec force que la France, « c’est des Français et des Étrangers », il finit en rappelant, à son tour, qu’il s’agit d’hommes et de femmes et que « la France, c’est le respect avant tout ».

Et c’est l’esprit partagé entre les convictions de Rokhaya Diallo, qui me semblent on ne peut plus justes, et l’accueil indigne que lui ont réservé certains participants que je quittai la salle, afin de redescendre dans le hall de l’espace Encan où se situait le coin librairie. Après avoir fait le tour des trois coups de cœur de nos secrétaires nationaux, parfois étonnants, mais souvent intéressants, j’ai finalement acheté le livre de Rokaya Diallo, que je recommande vivement : Racisme, mode d’emploi, aux éditions Larousse. Au même instant, les haut-parleurs résonnaient sur le site des universités pour annoncer le début de la séance dédicace d’Arnaud Montebourg. Croisant le candidat à la primaire en ressortant sur le parvis de l’Encan, je tombai nez à nez avec Jean-Marc Todeschini, accompagné des quelques Mosellans que j’avais déjà rencontrés la veille, en pleine discussion avec une de ses (nombreuses !) connaissances, à propos de la primaire et de leurs favoris. Tandis qu’ils discutaient, interrompus un instant par Manuel Valls venu nous saluer, j’écoutais avec intérêt et amusement leurs échanges amicaux, ne pouvant m’empêcher de les trouver bien loin des guerres ou autres « images d’une violence démentielle » que veulent absolument voir dans notre camp monsieur Copé ou les journalistes.

Discutant, à part, avec deux des Mosellans, qui me racontaient leurs débuts, leurs luttes aux côtés de Jean-Marc, les qualités de ce dernier, j’ai pu mesurer l’importance de leurs conquêtes. Ils nous le montrent, aucune ville n’est imprenable : souvenons nous-en s’agissant de Sarrebourg, dont Jean-Marc me rappelait d’ailleurs la veille sa conviction que Jean-Yves l’emporterait. Les universités d’été du Parti socialiste, ce sont ces échanges, entre militants mais aussi avec des ténors accessibles ; ce sont ces ateliers ouverts au débat et riches d’enseignements ; ce sont ces rues de La Rochelle et ces restaurants où se poursuivent les universités, le soir venu, un peu comme le « off » du festival avignonnais. Une ambiance somme toute bien loin de la guerre ouverte que nous avaient promis certains médias et certains politiciens, qui semblent d’ailleurs préférer persévérer dans une description fantaisiste du réel plutôt que de reconnaître leur évident manque de discernement…

Il fallait arriver en avance pour avoir une place, et c’est donc assez tôt que je me suis rendu devant l’entrée de la salle plénière où, déjà, attendaient quelques dizaines de personnes, bientôt rejointes par quelques centaines d’autres. Rapidement, quand les portes s’ouvrirent, la salle se remplit ; je choisis une chaise ni trop éloignée, ni trop proche de la tribune, m’installant sans le savoir encore à quelques centimètres à peine du couloir qu’emprunteront par la suite les six candidats lors de leur arrivée groupée. Des drapeaux étaient disséminés çà et là, et bien vite fût lancé l’hymne du Parti (dont on est en droit de penser ce que l’on veut !) afin de mettre l’ambiance. Les minutes passent, les versions de la musique aussi, et c’est finalement ensemble qu’entrent les candidats, marquant réellement le début de cette cérémonie de clôture. L’ambiance est, une fois encore, survoltée : à l’issue de l’hymne, c’est aux cris de « tous ensemble, tous ensemble, socialistes ! » que prennent place Arnaud, Martine, Jean-Michel, Manuel, François et Ségolène. L’exigence d’Unité s’élève de la foule elle-même.

Après que Maxime Bono s’est réjoui à l’occasion d’une brève intervention de ces universités qui montrent qu’en fin de compte La Rochelle convient plutôt bien aux socialistes, Olivier Falorni, premier fédéral de Charente-Maritime, prend la parole. Jouant avec les mots, il évoque le mal de dette de la France, que tentent de guérir ces Diafoirus et Purgon que sont Fillon et Sarkozy et qui, à l’image des médecins du malade imaginaire, ont l’art de faire mourir le patient qu’ils soignent ! Après la dette, c’est la diète, comme toujours avec la droite. Sarkozy et Fillon, c’est l’oraison funèbre de notre modèle républicain : face à cet oraison, continue un Olivier Falorni en forme, c’est un horizon que nous devons proposer. Convoquant Éluard, Prévert, Bernanos, il conclue finalement en invitant les Français à se rendre dans les bureaux de vote de la primaire les 9 et 16 octobre prochains. C’est ensuite une Marylise Lebranchu fière d’un Parti « qui bosse » qui s’est exprimée. Interrompue un court instant par l’arrivée de Pierre Mauroy, elle dresse le sombre bilan de l’exercice sarkozyste du pouvoir pour finalement affirmer que gagner en 2012 c’est, plus que jamais, faire perdre le parti de l’argent et des intérêts privés pour enfin réécrire la France de la puissance publique.

Vint ensuite le tour de Laurianne Deniaud, qui parlait au nom du MJS, et rendit un hommage longuement applaudi à nos jeunes camarades norvégiens tombés sous les balles du fanatisme et de la haine, sur l’île d’Utøya. Évoquant ensuite les jeunes qui s’engagent parce qu’ils sont en colère, elle invita à un renouvellement de générations et exhorta les dirigeants socialistes à faire une place aux jeunes. Laurianne ne s’est pas privée de charger Marine Le Pen et ce Front national « dédiabolisé » mais toujours aussi xénophobe. Ovationnée par toute la salle lorsqu’elle prônait l’accès des mandats à la jeunesse, la présidente du MJS l’a aussi été lorsqu’elle a dénoncé le cumul des mandats, avant de laisser se place à Emmanuel Maurel, chargé de l’organisation de ces universités d’été.

Celui qui présidait ces universités d’été, et à qui l’on doit en grande partie leur réussite, revient sur cet exercice inédit qu’est la primaire. Surfant sur les applaudissements, Emmanuel a insisté sur cette alchimie simple et qui semble pourtant échapper à tous les commentateurs : bien entendu, a-t-il dit presque mot pour mot, chacun a sa préférence, mais ce que disent les militants et qui est fondamental, c’est qu’à partir du 17, on passe à autre chose ; à partir du 17, on se réunit sans aucune hésitation derrière celui ou celle qui aura été choisi-e par les Français ! Ovationné tant par les militants qui entonnaient, une fois encore, ces « tous ensemble, tous ensemble, socialistes ! » image de l’Unité, que par l’ensemble des six candidats à la primaires, il illustrait alors le mot d’ordre de ces université : « Ensemble, le changement ! » Ensemble, aussi, pour l’union de toute la gauche, comme en témoignait la présence de Jean-Vincent Placé pour Europe Écologie - Les Verts, ou encore des camarades du Parti de Gauche. Emmanuel s’est ensuite attaché à rappeler l’importance des mots, qui véhiculent déjà en eux-même une idéologie, prenant l’exemple des « charges sociales » qu’il nous faudrait plutôt nommer cotisations sociales. Fustigeant lui aussi cette règle d’or qui n’est qu’une chape de plomb, Emmanuel s’est livré à une critique en règle des libéraux, nous invitant à imposer nos thématiques ; éducation, services publiques, santé, réduction du temps de travail, et j’en passe. Loin des lendemains qui déchantent, et qui tourmentent encore parfois ceux qui connurent 1981, il nous invite finalement à se battre pour des lendemains… qui changent !

Et c’est enfin Harlem Désir qui clôtura ces formidables rencontres à l’occasion d’un discours aux allures de réquisitoire contre la politique menée depuis trop longtemps par la droite, ces « robins des bois à l’envers » qui volent aux pauvres pour donner aux riches, et contre lesquels Harlem en appelle à une nuit du 4 août fiscale. Dénonçant aussi les dérives de la droite vers le Front national de l’héritière Le Pen, qui n’a jamais été et ne sera jamais aux côtés des travailleurs, notre premier secrétaire par intérim a tenu à citer les mots qu’a prononcé le premier ministre norvégien au lendemain de la tuerie d’Oslo : « nous répondrons par encore plus d’ouverture, par encore plus de démocratie » ; plus de démocratie, c’est bien le cœur de notre projet. À l’issue de son intervention, il invita les candidats à le rejoindre à la tribune où, ensemble, main dans la main au sens strict du terme, ils donnèrent corps à l’unité qui régna trois jours durant à La Rochelle, sous un tonnerre d’applaudissements émus.

Au sortir de cette fin en apothéose, je suis allé déjeuner une dernière fois à la petite brasserie où mes parents qui m’avaient rejoint et moi-même avions pris nos habitudes, avant de monter à bord du TGV qui nous ramènerait à Sarrebourg, via Paris. Tout n’était cependant pas tout à fait terminé, car dans la voiture de première classe où nous nous installâmes, je fis la connaissance d’un militant bruxellois de la fédération des Français de l’étranger, originaire de Blâmont, avec lequel j’ai pu discuter tout au long du trajet. De nombreux socialistes avaient aussi pris place dans cette même voiture, où était installé Arnaud Montebourg avec lequel j’ai pu m’entretenir quelques instants, et d’autres passèrent en nous saluant, parmi lesquels David Assouline ou François Lamy. Car c’est bien cela, je crois, qui marque le plus les esprits et les cœurs des milliers de socialistes qui viennent à La Rochelle : les contacts humains qui se tissent à l’ombre des murailles rochelaises…


août 1 2011

Le filtrage d’Internet bafoue les droits humains

J’ai envoyé ce soir ma réponse à la consultation publique lancée par la Commission européenne à propos du jeu en ligne, réponse qui se veut, comme je lui en ai donné le titre, un « plaidoyer pour la défense des droits de l’homme à l’ère du numérique ». Vous pouvez la télécharger à cette adresse : http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/08/consult_jeu_en_ligne.pdf.

En voici les conclusions :

Le livre vert s’interroge sur l’opportunité du filtrage d’Internet s’agissant de lutter contre les sites de jeu et de pari en ligne illicites, à l’heure où l’Allemagne et d’autres pays décident justement d’abandonner le blocage en raison de son coût trop élevé et de son absence d’efficacité. La France a déjà fait le choix du filtrage par une loi du 12 mai 2010, comme nous l’avons exposé. Cette loi est critiquable (et l’a sévèrement été, tant par l’opposition parlementaire que par les internautes français) et, on l’a vu, ces critiques se confirment dans son application : les FAI eux-même, à qui l’on impose une obligation de résultat irréaliste, en pâtissent, eux qui doivent financer faute de décret des mesures qui sont, finalement, inefficaces. Mais cela est, d’évidence, inhérent à tout procédé de blocage. Aucun n’est parfait, tous sans exception sont contournables, et bien souvent de façon ridiculement simple. Pourtant ces dispositifs sont coûteux et gourmands en ressources ; ils entraînent même des risques de surblocage. Qui plus est, ils ne sont pas anodins et font peser de réelles menaces sur des droits fondamentaux : liberté d’expression, respect de la vie privée, voire indirectement sûreté de la personne humaine. De toute évidence, ces mesures sont disproportionnées et le sont d’autant plus qu’elles ne fonctionnent pas. Il existe pourtant d’autres solutions, plus efficaces et plus respectueuses des droits de l’homme, telles que le retrait des contenus ou le blocage des paiements. Ces solutions, nous dira-t-on, sont moins simples à mettre en œuvre, mais la question ne se pose pas de la sorte puisqu’elles sont les seules efficaces. Plus tôt nous prendrons conscience de la nécessité impérieuse d’une coopération internationale, aujourd’hui largement étouffée par les divers filtrages, plus tôt nous parviendrons aux nécessaires ententes qu’elle suppose. Le vrai renforcement de la Justice réside en cela, et non dans l’illusion d’une solution qui ne fait rien dans son sens. On montre finalement qu’à la lumière de ces faits, le filtrage d’Internet ne saurait constituer pour la Cour européenne des droits de l’homme, au vu de sa jurisprudence et de la CEDH, une ingérence acceptable dans les droits fondamentaux.

Nous déconseillons donc avec force tout recours au filtrage d’Internet, quelle qu’en soit la motivation (et non seulement s’agissant des jeux en ligne illicites) : loin d’être une solution, il est un problème de plus sur le chemin vers une lutte réelle contre la cybercriminalité. Le filtrage d’Internet procure cette sensation désagréable que, « ne pouvant fortifier la Justice, on a justifié la force », selon les mots de Blaise Pascal. Il est plus que temps, tant au niveau national qu’européen, de prendre réellement conscience que les droits de l’homme ne doivent pas s’éteindre à l’ère du numérique.


juin 30 2011

Usbek à Sarrebourg

À lire sur Sarrebourg Nouvelle :

Les Lettres persanes est un roman épistolaire dans lequel Montesquieu expose la correspondance de deux Persans, Usbek et Rica, qui racontent leur périple en Europe à leurs amis de Perse. Leur regard naïf sur nos mœurs de l’époque s’en révèlent une critique incisive. Mais imaginons un instant qu’au gré d’un voyage dans le temps et l’espace, Usbek se retrouve à Sarrebourg, aujourd’hui, séparé d’un Rica bloqué dans le passé. C’est probablement en ces termes qu’il s’adresserait à son ami resté coincé trois siècles en arrière :

Usbek à Rica.

Il y a dans un coin de la contrée que je visite un village fort étrange. Peu de temps après mon arrivée, hébergé par un généreux habitant, on m’y offrit à lire un journal édité par la ville pour informer chacun de le vie de la cité. Je fus surpris, Rica, de découvrir l’endroit passionné de musiques aux sons exotiques mais aussi, et surtout, stupéfait qu’on usât de canons et de poudre pour guerroyer contre la nuit et ses nuages. […]

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