
Après une matinée passée à sillonner les routes de l’île de Ré, offrant à ma vue un océan Atlantique torturé par de forts vents et une côte dessinée par les contrastes d’une lumière de lendemain d’orage, je me suis donc rendu à l’espace Encan pour assister aux Universités d’été du PS que je vais tenter de vous faire revivre au travers de mon témoignage.
Ce qui impressionne, d’abord, c’est l’ambiance qui entoure l’événement. Dans les rues de La Rochelle, aux terrasses des cafés, aux tables des restaurants, partout on croise des femmes et des hommes portant le badge des participants, le pin’s « fier de voter aux primaires », ou encore marchant avec le sac en toile aux couleurs du Parti remis à chaque participant. La ville semble battre trois jours durant le pouls d’un même parti. Il fait bon être socialiste dans une ville acquise à la gauche, ce qui n’a pas manqué de marquer le Sarrebourgeois que je suis !
Ayant, donc, récupéré le nécessaire (badges, programmes, …), j’ai pris le chemin de la salle plénière, où la cérémonie d’ouverture devait commencer à 14 heures 30. Rapidement, les places se remplirent de militants motivés, et l’ambiance s’enivra aux rythme de musiques engagées. L’arrivée des candidats socialistes à la primaire échauffa encore un peu l’ambiance et c’est finalement porté par une foule de socialistes et de sympathisants survoltés que Maxime Bono, député-maire de la ville, ouvre les universités d’été. Le secrétaire général du MJS, Victor Vidilles, prit ensuite la parole, rappelant notamment la nécessaire union de la gauche à l’occasion d’un discours vibrant des échos de Blum, avant de céder le micro à Emmanuel Maurel. Cette université, ont-ils tenu à souligner, ne doit pas être le début de la primaire : le temps, très clairement, ne doit pas être à la division.
Quittant, à l’issue de cette plénière d’ouverture, une salle surchauffée par la foule et les journalistes collés aux candidats comme des moules à un rocher de l’île de Ré, j’ai retrouvé Jean-Marc Todeschini, premier fédéral de Moselle et Sénateur ; l’occasion pour moi de faire la connaissance des quelques Mosellans qui l’accompagnaient, avant que nous allions tous deux dans un café non loin de l’Encan pour discuter un peu. À ses côtés, on croise quelques notables, parmi lesquels Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat. Soucieux du point de vue que les jeunes portent sur le Parti, sa structure, son archaïsme, Jean-Marc évoque aussi la campagne des sénatoriales, et parle avec passion de la fonction de Sénateur. Nous nous séparons finalement vers 17 heures : tandis qu’il se rend à une réunion, comme il confie en avoir de nombreuses prévues ces jours-ci, je retourne aux Universités pour assister à un atelier sur la politique culturelle des plus intéressants.
Sous la houlette de Karine Gloanec-Maurin, la partie culturelle du programme de notre parti a été évoquée, notamment par Sylvie Robert. Ce sont ensuite deux artistes qui ont pris la parole : la chorégraphe et danseuse Emmanuelle Huynh, et l’acteur et réalisateur Robin Renucci. L’un comme l’autre ont montré, comme l’a souligné par la suite Aurélie Filippetti, que si les silences qui suivent Mozart sont encore du Mozart, les artistes, lorsqu’ils parlent d’art, font encore de l’art.
Emmanuelle Huynh met bien en évidence les enjeux de l’art lorsqu’elle avoue que, par la danse, elle fut amenée à étudier la philosophie et l’Histoire. Mais elle fait aussi part de l’inquiétude qui ronge les artistes français : par des mots poignants, elle déplore le manque d’argent, de temps, et finalement d’imagination qui hante notre temps. C’est la place de l’artiste, craint-elle, que l’on remet en cause. Et la chorégraphe de conclure, un brin désabusée, que, sans artiste, il n’y a point d’art…
C’est ensuite un Robin Renucci en grande forme qui s’est exprimé, liant la société créative au vivre ensemble ; la société créative ne doit plus être fondée sur la marchandisation, la concurrence, mais doit au contraire permettre à chacun d’exister, et non de seulement subsister : le temps de subsistance ne doit pas être aliénant. Il s’est ensuite livré à un cas d’école de ce que le philosophe qualifierait de distinction conceptuelle, en donnant pour rôle à l’école de cultiver les singularités et non de favoriser les particularités. La particulier est divisible, insipide. Le singulier est le germe même de la création. L’enjeu, finalement, c’est de montrer que nous sommes tous artistes ; il n’y a pas de partition entre créateurs et consommateurs, entre ceux qui pensent et ceux qui les croient, maîtres d’un côté, esclaves de l’autre. C’est ainsi que Robin Renucci s’attaque au concept « d’accès à la culture » : il n’y a pas à favoriser l’accès des esclaves aux créations des maîtres, mais bel est bien de faire de tous des créateurs. La culture n’est pas hors de nous, un bien ; mais en nous. C’est pourquoi la pratique est essentielle ; l’histoire des culture ne saurait résumer la culture. L’enjeu, enfin, c’est donc le développement des pratiques culturelles. Et Romain Renucci conclue finalement en citant Char, affirmant qu’il n’est pas question de budget ni d’argent : « méfie-toi de l’ornière du résultat. »
Malgré les quelques gouttes qui ont accompagné cette première journée, elle fut donc à la fois riche et passionnante, dans une ambiance détendue et sympathique. Ce qui prime sur les petites querelles que veulent absolument voir les journalistes, à l’image de ces fous qui s’auto-persuadent de l’impossible, c’est bel et bien l’unité de militants studieux, venus plus nombreux que jamais. Ce qui est de bon augure pour les échéances à venir.
La nuit fut courte et le réveil matinal pour cette journée qui s’annonçait intense, commençant à neuf heures pour s’achever après dix-neuf heures trente. C’est sous un soleil radieux que je me suis donc rendu à l’espace Encan pour assister, en premier lieu, à une conférence sur les premières réformes de la mandature, animée par Marylise Lebranchu, Catherine Trautmann et Laurent Fabius. La salle, aux rangs déjà chargés à mon arrivée, sera finalement pleine de plus de 1 000 spectateurs.
Le premier constat, établi par Marylise, est accablant pour tout républicain : la députée nous fait en effet part d’un sentiment d’humiliation de l’opposition parlementaire. L’exemple le plus flagrant réside, souligne-t-elle, dans les journées d’initiative parlementaire où l’opposition propose ses propres textes : cette apparente avancée cache en réalité un mépris effroyable, puisque le gouvernement, bien souvent, renvoie le vote comme il en a le droit au mardi suivant, n’écoutant ainsi rien des propositions d’une opposition qui, de plus en plus, a l’impression de parler dans le vide… Cela amène à défendre plus encore le respect de l’opposition parlementaire : si la gauche gagne en 2012, elle saura traiter l’actuelle majorité autrement qu’elle-même n’a été traitée.
Catherine Trautmann s’est ensuite attelée à détailler pourquoi et comment le temps européen et le temps national devaient coïncider, rappelant au passage le contexte européen dans lequel se tiendra, en mai 2012, l’élection présidentielle française : la présidence de l’Union sera alors assurée par le Danemark, qui pourrait lors de prochaines échéances électorales virer à gauche. Il faut régler une double crise du crédit, affirme l’eurodéputée : crise du crédit financier, crise du crédit politique, la solution à la dernière passant par la résolution de la première. Et pour résoudre cette crise, elle propose une politique de régulation des marchés, de réduction des dettes et d’investissement, notamment industriels. C’est, en fait, à une réelle gouvernance de l’Europe qu’en appelle l’ancienne maire de Strasbourg.
C’est enfin Laurent Fabius qui s’exprime, détaillant le calendrier chargé qui attend le vainqueur de la présidentielle. Rappelant avec malice, sans jamais citer de nom, son soutien à Martine Aubry, Laurent s’attache aussi à dégager quelques principes quant à la formation du futur gouvernement : parité, diversité, place importante (en termes de ministères) accordée à l’environnement, à la fonction publique, aux droits des femmes. De grandes rencontres attendent le président nouvellement élu, dont un sommet du G8 et un de l’Otan fin mai à Chicago, lors desquels la politique nouvelle de la France devra être affirmée et expliquée à nos partenaires internationaux. Il faudra en tout cas se démener : le nombre de lois et de textes budgétaires votés la première année serait, dans la perspective actuelle, le plus important jamais enregistré, et de loin. Qui plus est, la gauche entend proposer par référendum, en octobre / novembre 2012, une révision constitutionnelle.
Quittant l’auditorium où s’est tenu cet exposé de ce que serait une gauche victorieuse en 2012, j’ai pris la direction d’un atelier traitant du numérique et animé par le député Christian Paul, qui était entre autres l’un des fers de lance de la bataille contre Hadopi à l’Assemblée nationale. Rappelant en guise d’introduction les convictions du Parti socialiste à propos du numérique, telles que la volonté de faire de l’accès à Internet un droit fondamental lié à la liberté d’expression, Christian s’est ensuite empressé de donner la parole à Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation pour l’Internet nouvelle génération.
Ce dernier considère que l’ère des pionniers est dépassée et appelle à porter un regard neuf sur le numérique, afin d’en voir enfin la « part sombre ». On a en effet voulu, en quelques sortes, le cuisiner à toutes les sauces ; faire entrer les ordinateurs dans les salles de cours, le faire s’immiscer dans la gestion du travail, sous prétexte que le numérique, « c’est bien ». Pourtant, le numérique permet aussi un nouveau contrôle des travailleurs, comme ces casques électroniques qui guident les magasiniers dans leurs allées par une voix de synthèse leur donnant les instructions comme le décrit Daniel Kaplan, donnant l’affreuse image d’un homme dirigé par la machine. Mettre des ordinateurs dans les écoles n’est pas non plus la solution miracle, car il demeure possible de faire des usages rétrogrades de la technologie. Ce qu’il faudrait plutôt c’est bien éduquer au numérique ; par exemple à la frappe au clavier, toute aussi noble que l’écriture, et qui dans une société numérique pourrait bénéficier aux citoyens, leur évitant trouble musculo-squelettique ou lenteurs handicapantes. Le numérique doit soutenir le travail : il ne faut pas faire du numérique pour faire du numérique.
C’est ensuite au tour de Stéphane Distinguin, jeune entrepreneur dans le secteur des « nouvelles » technologies, de s’exprimer. Jugeant le numérique « plutôt foncièrement de gauche », il évoque son expérience personnelle en commençant par rappeler cette vérité : le numérique est le secteur qui crée le plus d’emplois. Il nous apprend ensuite que ce sont les collectivités locales, bien plus qu’un État qui préfère s’occuper des entreprises du Cac 40, qui aident et participent au développement du numérique et des PME du secteur. Qui plus est, l’absence de lisibilité dans la politique numérique nationale entraîne une précarité invivable pour le chef d’entreprise. Insistant enfin sur la nécessité de ne pas laisser se creuser le fossé numérique, Stéphane esquisse la piste de la culture populaire que lui évoque le numérique.
C’est enfin Renaud Lagrave, premier fédéral des Landes, qui s’exprime. Inquiet de la gouvernance d’Internet et de ses contenus, Renaud soutient que les collectivités territoriales devraient mettre en ligne leurs propres contenus, vérifiés par des experts, notamment sur Wikipédia. Pour l’heure, en effet, seuls des anonymes contribuent et les informations ne sont pas toujours fiables. Pour qu’elles soient bonnes, la solution n’est pas de critiquer mais bien d’alimenter ces sites en contenus certifiés. Enfin, le premier fédéral des Landes souligne avec grand regret que l’État n’investit plus dans le logiciel libre, dont les enjeux sont pourtant essentiels.
Les réactions de l’auditoire sont surprenantes de qualité, de précision et de technicité. Elles évoqueront le droit à l’oubli, c’est-à-dire ce risque qu’une publication compromettante demeure éternellement accessible, ou bien encore le stockage des données. Au chaud, sur les serveurs de Facebook ou de n’importe quel autre site hébergé aux États-Unis, les données stockées sont accessibles par les autorités américaines, qui ne se privent pas de la faire, tout à fait légalement. Le problème n’est donc pas vraiment « Big Brother » puisque nous sommes tous devenus des « Little Brother » qui alimentons nous-même le fichier.
Le temps passant, c’est, bien plus que les fichiers, les militants qu’il fallut bientôt alimenter : à l’issue de cet atelier passionnant et, comme les précédents, plein à craquer (des camarades restèrent debout, d’autres assis à même le sol, faute de place !), je me suis donc rendu à l’espace restauration où nous attendait un buffet. J’y ai fait la connaissance d’une militante parisienne, puis d’un couple de Rochelais, avec lesquels j’ai pu discuter de cette ville formidable et de la gestion de son maire, Maxime Bono. Le temps, cependant, ne s’arrête jamais et je dus bien vite me rendre à l’atelier sur l’immigration, qui marquait le début de mon après-midi…
Le ventre plein, et la tête occupée à repenser au réseau ferroviaire, au non-cumul des mandats plus ou moins affirmé selon les candidats, et à tout un tas d’autres sujets évoqués avec les quelques camarades qui déjeunèrent avec moi, je me suis donc dirigé au premier étage de l’espace Encan pour assister à un atelier traitant d’immigration. À mon arrivée, déjà, les sièges étaient bien occupés. Il ne s’en fallut que des quelques minutes pour que la salle soit pleine, obligeant les retardataires à rester debout. Bruno Le Roux et Sandrine Mazetier, tous deux députés, animaient une table ronde qui réunissait Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, Rokhaya Diallo, chroniqueuse et militante associative et Patick Simon, démographe. Une jeune militante du MJS, Aurélie, ouvrit les débats en évoquant l’idée de « citoyenneté de résidence » et jugeant de la France qu’elle a oublié son Histoire.
Puis ce fut au tour de Pierre Henry d’expliquer en quoi faire la France du XXIème siècle, comme y invitait l’intitulé complet de l’atelier, revenait à rompre avec la politique menée par Nicolas Sarkozy. Cette politique brutale qui se résume à trois « I » pour Immigration, Insécurité et Identité est, en effet, un échec total, qui plus est productrice d’inégalités. Pour autant, il ne faut pas se définir en creux par rapport à Nicolas Sarkozy. Il convient avant tout de changer les mots ; ces mots qui, comme le soulignera en clôture des universités Emmanuel Maurel en nous invitant à ne plus parler de « charges sociales », sont chargés de sens idéologiques, et à déconstruire les préjugés. Il faut par exemple garder à l’esprit qu’il n’y a pas une immigration mais des migrations, et que ces migrations ne sont pas menaçantes : 97 % de la population mondiale ne migre pas. Il faut faire de la diversité un atout. Faire France, continue Pierre Henry, c’est ne pas se tromper de diagnostique. Insistant sur l’importance, pour la France, d’être un modèle positif en Europe, il conclue en rappelant que la politique migratoire est l’une des plus complexes à mettre en œuvre, car face aux règles générales, il y a des cas particuliers humainement difficiles.
C’est alors Rokhaya qui prit la parole, dans une intervention qui suscita de vives réactions parmi l’auditoire. Ces réactions et certaines interventions qui vinrent ensuite mettent en exergue la difficulté qu’on peut encore rencontrer même dans nos rangs, et c’est regrettable, lorsqu’on parle d’immigration ou de laïcité. Rokhaya, comme l’expliquait en introduction Sandrine Mazetier qui déclarait par ailleurs avoir beaucoup aimé le livre de l’intervenante, est dure avec la gauche et bien plus tendre avec Rachida Dati ou Rama Yade, mais elle s’en explique : si elle est si dure avec la gauche, c’est parce qu’elle sait qu’elle n’a rien à attendre de la droite. S’en prenant à Hortefeux et Zemmour, qui donne l’un comme l’autre l’image d’un racisme décomplexé, et surtout non sanctionné, elle souligne l’absurdité de l’expression « issus de la diversité ». La diversité est le fait autant des uns que des autres ; il n’y a pas les blancs et, à côté, la diversité ! Évoquant ensuite la laïcité et ses fondements juridiques, Rokhaya rappelle qu’au départ la laïcité est une idée pacificatrice qui a été pervertie par la droite en laïcité de combat, bonne à stigmatiser le musulman. Alors qu’elle cherchait, historiquement, à apaiser une France qui connut les guerres de religions, elle sert aujourd’hui à justifier l’interdiction de signes religieux dans l’espace public ou le voile intégral, et devient une arme retournée contre l’Islam. En conclusion, la fondatrice des Indivisibles déclare non sans un brin de provocation que les communautarismes ne résident pas dans les cités, mais à Neuilly où l’on ne trouve que des blancs, ou encore à l’Assemblée qui demeurent encore bien inaccessible aux femmes.
C’est donc dans une ambiance électrisée par l’intervention de Rokhaya, surchauffée par l’excitation d’une salle que le soleil radieux avait déjà bien chauffée, que Patrick Simon prit la parole. Ce démographe dresse le sombre constat, chiffres à l’appui, « qu’on n’est pas mieux que les États-Unis », que la France est saturée de préjugés et de stéréotypes qu’il nous faut déconstruire. Le problème tient à notre façon de gérer notre Histoire (coloniale notamment). Affirmant, avec Rokhaya et Sandrine, que le racisme est au fond de chacun d’entre nous, comme le mal est banal d’après Anna Arendt, le démographe estime que l’on peut tous, consciemment ou non, faire de petites différences qui ont de grandes conséquence ; d’immenses conséquences. Féru de statistiques, l’intervenant souligne que les pays où le racisme est le plus fort sont, aussi, ceux qui offrent les droits sociaux les plus importants : l’égalité produit des discrimination, il nous faut donc concilier tolérance, migrations et État-providence.
Concluant un atelier qui a pris du retard, Bruno Le Roux dénonça les propos tenus par certains députés de droite qui sont, a-t-il rapporté, d’une gravité exceptionnelle. Si la gauche gagne en 2012, le député en appelle à une rupture idéologique. Assénant avec force que la France, « c’est des Français et des Étrangers », il finit en rappelant, à son tour, qu’il s’agit d’hommes et de femmes et que « la France, c’est le respect avant tout ».
Et c’est l’esprit partagé entre les convictions de Rokhaya Diallo, qui me semblent on ne peut plus justes, et l’accueil indigne que lui ont réservé certains participants que je quittai la salle, afin de redescendre dans le hall de l’espace Encan où se situait le coin librairie. Après avoir fait le tour des trois coups de cœur de nos secrétaires nationaux, parfois étonnants, mais souvent intéressants, j’ai finalement acheté le livre de Rokaya Diallo, que je recommande vivement : Racisme, mode d’emploi, aux éditions Larousse. Au même instant, les haut-parleurs résonnaient sur le site des universités pour annoncer le début de la séance dédicace d’Arnaud Montebourg. Croisant le candidat à la primaire en ressortant sur le parvis de l’Encan, je tombai nez à nez avec Jean-Marc Todeschini, accompagné des quelques Mosellans que j’avais déjà rencontrés la veille, en pleine discussion avec une de ses (nombreuses !) connaissances, à propos de la primaire et de leurs favoris. Tandis qu’ils discutaient, interrompus un instant par Manuel Valls venu nous saluer, j’écoutais avec intérêt et amusement leurs échanges amicaux, ne pouvant m’empêcher de les trouver bien loin des guerres ou autres « images d’une violence démentielle » que veulent absolument voir dans notre camp monsieur Copé ou les journalistes.
Discutant, à part, avec deux des Mosellans, qui me racontaient leurs débuts, leurs luttes aux côtés de Jean-Marc, les qualités de ce dernier, j’ai pu mesurer l’importance de leurs conquêtes. Ils nous le montrent, aucune ville n’est imprenable : souvenons nous-en s’agissant de Sarrebourg, dont Jean-Marc me rappelait d’ailleurs la veille sa conviction que Jean-Yves l’emporterait. Les universités d’été du Parti socialiste, ce sont ces échanges, entre militants mais aussi avec des ténors accessibles ; ce sont ces ateliers ouverts au débat et riches d’enseignements ; ce sont ces rues de La Rochelle et ces restaurants où se poursuivent les universités, le soir venu, un peu comme le « off » du festival avignonnais. Une ambiance somme toute bien loin de la guerre ouverte que nous avaient promis certains médias et certains politiciens, qui semblent d’ailleurs préférer persévérer dans une description fantaisiste du réel plutôt que de reconnaître leur évident manque de discernement…
Il fallait arriver en avance pour avoir une place, et c’est donc assez tôt que je me suis rendu devant l’entrée de la salle plénière où, déjà, attendaient quelques dizaines de personnes, bientôt rejointes par quelques centaines d’autres. Rapidement, quand les portes s’ouvrirent, la salle se remplit ; je choisis une chaise ni trop éloignée, ni trop proche de la tribune, m’installant sans le savoir encore à quelques centimètres à peine du couloir qu’emprunteront par la suite les six candidats lors de leur arrivée groupée. Des drapeaux étaient disséminés çà et là, et bien vite fût lancé l’hymne du Parti (dont on est en droit de penser ce que l’on veut !) afin de mettre l’ambiance. Les minutes passent, les versions de la musique aussi, et c’est finalement ensemble qu’entrent les candidats, marquant réellement le début de cette cérémonie de clôture. L’ambiance est, une fois encore, survoltée : à l’issue de l’hymne, c’est aux cris de « tous ensemble, tous ensemble, socialistes ! » que prennent place Arnaud, Martine, Jean-Michel, Manuel, François et Ségolène. L’exigence d’Unité s’élève de la foule elle-même.
Après que Maxime Bono s’est réjoui à l’occasion d’une brève intervention de ces universités qui montrent qu’en fin de compte La Rochelle convient plutôt bien aux socialistes, Olivier Falorni, premier fédéral de Charente-Maritime, prend la parole. Jouant avec les mots, il évoque le mal de dette de la France, que tentent de guérir ces Diafoirus et Purgon que sont Fillon et Sarkozy et qui, à l’image des médecins du malade imaginaire, ont l’art de faire mourir le patient qu’ils soignent ! Après la dette, c’est la diète, comme toujours avec la droite. Sarkozy et Fillon, c’est l’oraison funèbre de notre modèle républicain : face à cet oraison, continue un Olivier Falorni en forme, c’est un horizon que nous devons proposer. Convoquant Éluard, Prévert, Bernanos, il conclue finalement en invitant les Français à se rendre dans les bureaux de vote de la primaire les 9 et 16 octobre prochains. C’est ensuite une Marylise Lebranchu fière d’un Parti « qui bosse » qui s’est exprimée. Interrompue un court instant par l’arrivée de Pierre Mauroy, elle dresse le sombre bilan de l’exercice sarkozyste du pouvoir pour finalement affirmer que gagner en 2012 c’est, plus que jamais, faire perdre le parti de l’argent et des intérêts privés pour enfin réécrire la France de la puissance publique.
Vint ensuite le tour de Laurianne Deniaud, qui parlait au nom du MJS, et rendit un hommage longuement applaudi à nos jeunes camarades norvégiens tombés sous les balles du fanatisme et de la haine, sur l’île d’Utøya. Évoquant ensuite les jeunes qui s’engagent parce qu’ils sont en colère, elle invita à un renouvellement de générations et exhorta les dirigeants socialistes à faire une place aux jeunes. Laurianne ne s’est pas privée de charger Marine Le Pen et ce Front national « dédiabolisé » mais toujours aussi xénophobe. Ovationnée par toute la salle lorsqu’elle prônait l’accès des mandats à la jeunesse, la présidente du MJS l’a aussi été lorsqu’elle a dénoncé le cumul des mandats, avant de laisser se place à Emmanuel Maurel, chargé de l’organisation de ces universités d’été.
Celui qui présidait ces universités d’été, et à qui l’on doit en grande partie leur réussite, revient sur cet exercice inédit qu’est la primaire. Surfant sur les applaudissements, Emmanuel a insisté sur cette alchimie simple et qui semble pourtant échapper à tous les commentateurs : bien entendu, a-t-il dit presque mot pour mot, chacun a sa préférence, mais ce que disent les militants et qui est fondamental, c’est qu’à partir du 17, on passe à autre chose ; à partir du 17, on se réunit sans aucune hésitation derrière celui ou celle qui aura été choisi-e par les Français ! Ovationné tant par les militants qui entonnaient, une fois encore, ces « tous ensemble, tous ensemble, socialistes ! » image de l’Unité, que par l’ensemble des six candidats à la primaires, il illustrait alors le mot d’ordre de ces université : « Ensemble, le changement ! » Ensemble, aussi, pour l’union de toute la gauche, comme en témoignait la présence de Jean-Vincent Placé pour Europe Écologie - Les Verts, ou encore des camarades du Parti de Gauche. Emmanuel s’est ensuite attaché à rappeler l’importance des mots, qui véhiculent déjà en eux-même une idéologie, prenant l’exemple des « charges sociales » qu’il nous faudrait plutôt nommer cotisations sociales. Fustigeant lui aussi cette règle d’or qui n’est qu’une chape de plomb, Emmanuel s’est livré à une critique en règle des libéraux, nous invitant à imposer nos thématiques ; éducation, services publiques, santé, réduction du temps de travail, et j’en passe. Loin des lendemains qui déchantent, et qui tourmentent encore parfois ceux qui connurent 1981, il nous invite finalement à se battre pour des lendemains… qui changent !
Et c’est enfin Harlem Désir qui clôtura ces formidables rencontres à l’occasion d’un discours aux allures de réquisitoire contre la politique menée depuis trop longtemps par la droite, ces « robins des bois à l’envers » qui volent aux pauvres pour donner aux riches, et contre lesquels Harlem en appelle à une nuit du 4 août fiscale. Dénonçant aussi les dérives de la droite vers le Front national de l’héritière Le Pen, qui n’a jamais été et ne sera jamais aux côtés des travailleurs, notre premier secrétaire par intérim a tenu à citer les mots qu’a prononcé le premier ministre norvégien au lendemain de la tuerie d’Oslo : « nous répondrons par encore plus d’ouverture, par encore plus de démocratie » ; plus de démocratie, c’est bien le cœur de notre projet. À l’issue de son intervention, il invita les candidats à le rejoindre à la tribune où, ensemble, main dans la main au sens strict du terme, ils donnèrent corps à l’unité qui régna trois jours durant à La Rochelle, sous un tonnerre d’applaudissements émus.
Au sortir de cette fin en apothéose, je suis allé déjeuner une dernière fois à la petite brasserie où mes parents qui m’avaient rejoint et moi-même avions pris nos habitudes, avant de monter à bord du TGV qui nous ramènerait à Sarrebourg, via Paris. Tout n’était cependant pas tout à fait terminé, car dans la voiture de première classe où nous nous installâmes, je fis la connaissance d’un militant bruxellois de la fédération des Français de l’étranger, originaire de Blâmont, avec lequel j’ai pu discuter tout au long du trajet. De nombreux socialistes avaient aussi pris place dans cette même voiture, où était installé Arnaud Montebourg avec lequel j’ai pu m’entretenir quelques instants, et d’autres passèrent en nous saluant, parmi lesquels David Assouline ou François Lamy. Car c’est bien cela, je crois, qui marque le plus les esprits et les cœurs des milliers de socialistes qui viennent à La Rochelle : les contacts humains qui se tissent à l’ombre des murailles rochelaises…