Réaction à la fermeture de Megaupload
Ce soir, le FBI a mis en examen sept personnes liées au site Megaupload et saisi, sans autre forme de procès, les noms de domaine, conduisant à une coupure mondiale de ce site parmi les plus populaires du web. Choquante par sa disproportion, traitant ces « Pirates » comme de dangereux criminels à mettre aux fers, cette décision l’est aussi par son mépris de la justice. Avant même le début d’un procès, le site est déjà censuré : cette limitation extravagante des droits fondamentaux sans qu’un juge ne se soit prononcé fait honte au pays des libertés.
Ce filtrage du Net, non content de bafouer nos droits les plus précieux, s’avère in fine autant inefficace qu’illusoire. Megaupload fermé, qui peut sérieusement penser que le partage disparaîtra ? L’expérience Napster, il y a plus de dix ans, n’a décidément pas échaudé la justice américaine.
Une nouvelle fois, au prétexte de protéger les ayants-droits, on oppose aux internautes partageurs une répression violente (les mis en examen risquent plusieurs dizaines d’années de prison !) et un filtrage stupide ; une nouvelle fois, on oppose les artistes à leurs publics. Une nouvelle fois, on privilégie l’attitude réactionnaire qui cherche à préserver obstinément les modèles économiques dépassés de quelques-uns, comme l’industrie du disque, au moyen d’une répression qui s’acharne sur les internautes sans rien apporter aux artistes, parce qu’inefficace, alors même qu’ils rencontrent de vraies difficultés. C’est du perdant-perdant.
C’en est trop de cette vision archaïque et ultra-marchande de la culture qui oppose créateurs et publics. Au lendemain du black-out contre Sopa et Pipa, cette décision est révélatrice d’un système à la dérive, dérive similaire dans l’esprit à notre Hadopi qu’il faudra abroger.
Amoureux d’Internet et de la culture, il devient urgent de réagir. Des solutions pérennes existent, dans le sillage de la contribution créative proposée par Philippe Aigrain, mais il faut un courage politique qui a jusque là fait cruellement défaut. Pour la Culture aussi, le changement, c’est maintenant.