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	<title>Nicoz &#187; libertés</title>
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	<description>« Vivre, c&#039;est faire vivre l&#039;absurde. » - Albert Camus</description>
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		<title>Réaction à la fermeture de Megaupload</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 08:10:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce soir, le FBI a mis en examen sept personnes liées au site Megaupload et saisi, sans autre forme de procès, les noms de domaine, conduisant à une coupure mondiale de ce site parmi les plus populaires du web. Choquante par sa disproportion, traitant ces «&#160;Pirates&#160;» comme de dangereux criminels à mettre aux fers, cette décision l&#8217;est aussi par son mépris de la justice. Avant même le début d&#8217;un procès, le site est déjà censuré&#160;: cette limitation extravagante des droits fondamentaux sans qu&#8217;un juge ne se soit prononcé fait honte au pays des libertés.</p>
<p>Ce filtrage du Net, non content de bafouer nos droits les plus précieux, s&#8217;avère in fine autant inefficace qu&#8217;illusoire. Megaupload fermé, qui peut sérieusement penser que le partage disparaîtra&#160;? L&#8217;expérience Napster, il y a plus de dix ans, n&#8217;a décidément pas échaudé la justice américaine.</p>
<p>Une nouvelle fois, au prétexte de protéger les ayants-droits, on oppose aux internautes partageurs une répression violente (les mis en examen risquent plusieurs dizaines d&#8217;années de prison&#160;!) et un filtrage stupide&#160;; une nouvelle fois, on oppose les artistes à leurs publics. Une nouvelle fois, on privilégie l&#8217;attitude réactionnaire qui cherche à préserver obstinément les modèles économiques dépassés de quelques-uns, comme l&#8217;industrie du disque, au moyen d&#8217;une répression qui s&#8217;acharne sur les internautes sans rien apporter aux artistes, parce qu&#8217;inefficace, alors même qu&#8217;ils rencontrent de vraies difficultés. C&#8217;est du perdant-perdant.</p>
<p>C&#8217;en est trop de cette vision archaïque et ultra-marchande de la culture qui oppose créateurs et publics. Au lendemain du black-out contre Sopa et Pipa, cette décision est révélatrice d&#8217;un système à la dérive, dérive similaire dans l&#8217;esprit à notre Hadopi qu&#8217;il faudra abroger.</p>
<p>Amoureux d&#8217;Internet et de la culture, il devient urgent de réagir. Des solutions pérennes existent, dans le sillage de la contribution créative proposée par Philippe Aigrain, mais il faut un courage politique qui a jusque là fait cruellement défaut. Pour la Culture aussi, le changement, c&#8217;est maintenant.</p>
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		<title>Le filtrage d&#8217;Internet bafoue les droits humains</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jul 2011 22:11:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Commission européenne]]></category>
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		<description><![CDATA[J&#8217;ai envoyé ce soir ma réponse à la consultation publique lancée par la Commission européenne à propos du jeu en ligne, réponse qui se veut, comme je lui en ai donné le titre, un «&#160;plaidoyer pour la défense des droits de l&#8217;homme à l&#8217;ère du numérique&#160;». Vous pouvez la télécharger à cette adresse&#160;: http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/08/consult_jeu_en_ligne.pdf. En [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai envoyé ce soir ma réponse à la consultation publique lancée par la Commission européenne à propos du jeu en ligne, réponse qui se veut, comme je lui en ai donné le titre, un «&#160;plaidoyer pour la défense des droits de l&#8217;homme à l&#8217;ère du numérique&#160;». Vous pouvez la télécharger à cette adresse&#160;: <a href="http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/08/consult_jeu_en_ligne.pdf">http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/08/consult_jeu_en_ligne.pdf</a>.</p>
<p>En voici les conclusions&#160;:</p>
<blockquote><p>Le livre vert s&#8217;interroge sur l&#8217;opportunité du filtrage d&#8217;Internet s&#8217;agissant de lutter contre les sites de jeu et de pari en ligne illicites, à l&#8217;heure où l&#8217;Allemagne et d&#8217;autres pays décident justement d&#8217;abandonner le blocage en raison de son coût trop élevé et de son absence d&#8217;efficacité. La France a déjà fait le choix du filtrage par une loi du 12 mai 2010, comme nous l&#8217;avons exposé. Cette loi est critiquable (et l&#8217;a sévèrement été, tant par l&#8217;opposition parlementaire que par les internautes français) et, on l&#8217;a vu, ces critiques se confirment dans son application&#160;: les FAI eux-même, à qui l&#8217;on impose une obligation de résultat irréaliste, en pâtissent, eux qui doivent financer faute de décret des mesures qui sont, finalement, inefficaces. Mais cela est, d&#8217;évidence, inhérent à tout procédé de blocage. Aucun n&#8217;est parfait, tous sans exception sont contournables, et bien souvent de façon ridiculement simple. Pourtant ces dispositifs sont coûteux et gourmands en ressources&#160;; ils entraînent même des risques de surblocage. Qui plus est, ils ne sont pas anodins et font peser de réelles menaces sur des droits fondamentaux&#160;: liberté d&#8217;expression, respect de la vie privée, voire indirectement sûreté de la personne humaine. De toute évidence, ces mesures sont disproportionnées et le sont d&#8217;autant plus qu&#8217;elles ne fonctionnent pas. Il existe pourtant d&#8217;autres solutions, plus efficaces et plus respectueuses des droits de l&#8217;homme, telles que le retrait des contenus ou le blocage des paiements. Ces solutions, nous dira-t-on, sont moins simples à mettre en œuvre, mais la question ne se pose pas de la sorte puisqu&#8217;elles sont les seules efficaces. Plus tôt nous prendrons conscience de la nécessité impérieuse d&#8217;une coopération internationale, aujourd&#8217;hui largement étouffée par les divers filtrages, plus tôt nous parviendrons aux nécessaires ententes qu&#8217;elle suppose. Le vrai renforcement de la Justice réside en cela, et non dans l&#8217;illusion d&#8217;une solution qui ne fait rien dans son sens. On montre finalement qu&#8217;à la lumière de ces faits, le filtrage d&#8217;Internet ne saurait constituer pour la Cour européenne des droits de l&#8217;homme, au vu de sa jurisprudence et de la CEDH, une ingérence acceptable dans les droits fondamentaux.</p>
<p>Nous déconseillons donc avec force tout recours au filtrage d&#8217;Internet, quelle qu&#8217;en soit la motivation (et non seulement s&#8217;agissant des jeux en ligne illicites)&#160;: loin d&#8217;être une solution, il est un problème de plus sur le chemin vers une lutte réelle contre la cybercriminalité. Le filtrage d&#8217;Internet procure cette sensation désagréable que, «&#160;ne pouvant fortifier la Justice, on a justifié la force&#160;», selon les mots de Blaise Pascal. Il est plus que temps, tant au niveau national qu&#8217;européen, de prendre réellement conscience que les droits de l&#8217;homme ne doivent pas s&#8217;éteindre à l&#8217;ère du numérique.</p></blockquote>
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		<title>حرية</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Jan 2011 00:56:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Général]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a des questions auxquelles il faut admettre ne pas savoir répondre, des faits dont l&#8217;origine à jamais nous échappe&#160;; il arrive un moment où l&#8217;Histoire s&#8217;accélère et semble soudain prendre sens un court instant, se déroulant avec une clarté déroutante sous nos yeux mais s&#8217;estompant bien vite, avant même qu&#8217;on ait eu le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1674 aligncenter" title="Émeutes Tunisie" src="http://www.nicoz.tk/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/tunisie_emeute.jpg" alt="Émeutes Tunisie" width="402" height="300" /></p>
<p>Il y a des questions auxquelles il faut admettre ne pas savoir répondre, des faits dont l&#8217;origine à jamais nous échappe&#160;; il arrive un moment où l&#8217;Histoire s&#8217;accélère et semble soudain prendre sens un court instant, se déroulant avec une clarté déroutante sous nos yeux mais s&#8217;estompant bien vite, avant même qu&#8217;on ait eu le temps de bien s&#8217;en rendre compte. Ce que nos médias ont d&#8217;ors-et-déjà baptisé la «&#160;Révolution de Jasmin&#160;» en est, aujourd&#8217;hui, un puissant exemple. Les Tunisiens étouffaient depuis bon nombre d&#8217;années, méprisés par un pouvoir devenu oligarchique autant qu&#8217;oppressés par une vie trop chère et un chômage trop grand. Dans ce pays qui avait revêtu tous les costumes de la dictature, affichant en grand et partout le portrait d&#8217;un Ben Ali sans cesse réélu par des scores incroyables, et où la presse même ne pouvait être libre, le peuple paraissait impuissant, délaissé à lui-même. L&#8217;horizon des Tunisiens se perdait dans le vide désespérant du désert saharien&#160;: pour eux, il n&#8217;y avait d&#8217;avenir que leur présent de plomb.</p>
<p>Et de ce <em>statu quo</em>, personne ne s&#8217;inquiétait. Ni les vacanciers qui profitaient du climat sans se soucier des Hommes, barbotant dans le bleu turquoise d&#8217;une mer réchauffée par un soleil léger&#160;; ni bon nombre de nos dirigeants, qui entretenaient avec le dictateur de coupables relations. Les premiers pêchaient par une triste ignorance de la souffrance des autres, les seconds fautaient pour leurs intérêts, oubliant leurs valeurs. On revoit poindre, ici les déclarations d&#8217;un député (M. Raoult) en 2009 qui se réjouissait de la victoire absolue (avec près de 80&#160;% des voix) de Ben Ali aux élections, alors même que le journaliste qui l&#8217;interrogeait insistait sur les problèmes de liberté de la presse, là une vidéo de notre président en visite chez le dictateur et qui déclarait qu&#8217;on était trop sévère avec lui, il y a de cela seulement trois ans. Certes, on en trouvait aussi qui s&#8217;indignaient de la situation&#160;; Delanoë, Dufflot, et d&#8217;autres, mais rares furent les médias qui leur accordèrent la place pour le faire correctement. Il y a un peu d&#8217;hypocrisie à danser aujourd&#8217;hui avec le peuple de Tunisie autour du cadavre fumant de leur chimère d&#8217;État alors qu&#8217;avant, on en parlait à peine.</p>
<p>Mais, il est vrai, il n&#8217;y a rien de plus beau ni de plus réjouissant qu&#8217;un peuple qui conquiert sa liberté, <em>a fortiori</em> au moment où on ne s&#8217;y attend pas, où l&#8217;espoir ne semble pas permis&#160;; où la révolte apparait déraisonnable. Cette révolution, comme toutes les révolutions, fait exploser une passion sublime. Pourquoi aujourd&#8217;hui&#160;? Pourquoi maintenant&#160;? Et pourquoi cela a-t-il marché cette fois mieux que d&#8217;autres&#160;? Ces questions sont insolubles car le soulèvement nait dans la communion soudaine et imprévue d&#8217;une passion qui germe dans des milliers de cœurs en même temps. On serait bien ridicules à prétendre enfermer dans des concepts et des mots cet élan des cœurs, proprement imprévisible, et qu&#8217;on ne peut tenter que de décrire. Il y a eu des soubresauts, des premiers symptômes&#160;; les grèves de Gafsa en 2008. Mais c&#8217;est un événement apparemment bien dérisoire qui a pourtant cristallisé la révolte et rempli les hommes de courage. Et parce que cet événement est beau, tragiquement beau, on ne peut l&#8217;omettre&#160;: il s&#8217;est produit à Sidi Bouzid, le 17 décembre de l&#8217;année passée.</p>
<p>Mohamed Bouazizi, comme beaucoup de ses compatriotes, tentait de gagner sa vie comme il le pouvait. Survivant plus que vivant, il vendait des fruits et des légumes et tirait de cette activité ses seuls revenus. Cependant, dans un État qui a glissé vers l&#8217;autoritarisme, ses ventes sans autorisation conduisirent bien vite les employés municipaux à lui confisquer ses fruits et ses légumes, une fois, puis une autre. Harassé d&#8217;être sans cesse dépossédé de ses stocks, il finit par aller protester, d&#8217;abord au niveau de la ville, puis du gouvernorat, mais aucun ne voulut l&#8217;écouter. Dans ce pays gangréné par la corruption, Mohamed heurtait le mur froid du déni du peuple et prenait brusquement conscience du drame de sa condition. Épuisé par le désespoir, ce jeune homme abandonne le combat pour la vie&#160;: il s&#8217;asperge d&#8217;essence et, aux yeux de ceux qui ne lui prêtèrent pas l&#8217;oreille, c&#8217;est-à-dire sous les fenêtres du gouvernorat, s&#8217;immole par le feu. Le 4 janvier de cette année, il trouve finalement la mort, dix jours avant le départ de son diable. À sa mère, il ne laissera que ces quelques mots sur Facebook, préludant du rôle que vont jouer les réseaux sociaux dans l&#8217;organisation de la révolte&#160;: «&#160;[&#8230;] Maman, pardonne-moi, les reproches sont inutiles, je suis perdu sur un chemin que je ne contrôle pas, pardonne-moi, si je t’ai désobéi, adresse tes reproches à notre époque [&#8230;]&#160;».</p>
<p>Cet événement fut l&#8217;étincelle qui a embrasé la poudrière de frustrations trop longtemps contenues. Quelques personnes, d&#8217;abord, se réunirent pour protester, avant que d&#8217;autres ne les rejoignent. Puis le mouvement a fait tâche d&#8217;huile et s&#8217;est étendu, en quelques jours, à d&#8217;autres villes, puis au pays tout entier, mobilisant notamment les avocats. Exhorté à la révolte par la tentative de suicide d&#8217;un homme, le peuple a libéré toute la colère intériorisée depuis une vingtaine d&#8217;années. On ose remettre en cause l&#8217;autorité, la contester. La peur est sans doute toujours là, mais elle est dépassée, mise de côté, rejetée. Et si la peur n&#8217;existe plus, alors tous les espoirs sont permis. La répression policière a été terrible&#160;: on a tiré sur la foule à balles réelles, mais il était trop tard. Déjà, le peuple marchait vers sa liberté et ni le sang versé, ni les morts ne l&#8217;ont arrêté. Le pouvoir, finalement, a vite pris peur&#160;: esquissant des reculs dans l&#8217;espoir d&#8217;apaiser les tensions, l&#8217;ex-président ne fit que raviver les espoirs de la foule, et Ben Ali dût finalement abandonner les rênes du pays ce vendredi. Depuis, la situation est encore trouble, mais l&#8217;organisation d&#8217;élections présidentielles transparentes semble acquise désormais et, même si des tensions subsistent, la révolution de Jasmin semble être un succès qu&#8217;il faut dédier à ceux qui ont donné leur vie pour cette liberté nouvellement conquise.</p>
<p>On le voit, tout parait si fragile, si improbable&#160;; et pourtant cela s&#8217;est produit. Nous vivons d&#8217;ordinaire une Histoire que l&#8217;avenir juge et éclaire, et il est bien rare de sentir l&#8217;Histoire se faire lorsqu&#8217;elle se fait. Cet épisode sublime de la course du monde ravive des espoirs et doit insuffler aux cœurs de ceux qui n&#8217;ont pas encore le bonheur d&#8217;être libres la volonté de se battre. Retenons quant à nous cette leçon et tâchons, comme nous n&#8217;avons pas su le faire ou si peu avec cette révolution, de nous battre aux côtés de ceux qui sont encore, de par le monde, sous le joug de tyrans.</p>
<p>«&#160;La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme&#160;», peut-on lire dans la Déclaration des Droits de l&#8217;Homme et du Citoyen de 1793 dont le dernier article est encore plus fort, et les Tunisiens ont su s&#8217;en rendre dignes&#160;: «&#160;Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est,  pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des  droits et le plus indispensable des devoirs.&#160;»</p>
<p><em>(Le titre signifie «&#160;Liberté&#160;» en arabe.)</em></p>
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		<title>Moins parfaite et plus libre</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Jan 2011 22:36:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;était un fait divers somme toute banal, un de ceux qu&#8217;on lit en ouvrant son journal au matin et dont on ne se souvient déjà plus qu&#8217;à peine le soir venu. Une jeune femme avait été sauvagement lacérée d&#8217;une vingtaine de coups de couteau, en pleine nuit, par une de ses «&#160;amies&#160;» que les forces de l&#8217;ordre n&#8217;eurent pas de mal à interpeler dès le lendemain. Leur enquête ne s&#8217;éternisa guère&#160;; il faut dire qu&#8217;ils avaient récupéré l&#8217;arme encore maculée de sang, et que la pauvre criminelle avoua bien vite, entre deux torrents de larmes et d&#8217;affreuses complaintes de désespoir que seul le remord de l&#8217;assassin peuvent produire, la raison simple et belle de son acte&#160;: celle qui était sa meilleure amie, elle ne pouvait plus supporter de la voir aimer et être aimée par l&#8217;homme qu&#8217;elle désirait. Un fait divers tragiquement banal, en effet&#160;; un de ces événements qui secouent diablement quelques vies mais laissent de marbre le vulgaire lecteur des canards qui les rapportent.</p>
<p>Sauf qu&#8217;il a eu l&#8217;audace de se produire au plus mauvais instant. Cela faisait quelques jours que tout tournait au ralenti, la lourdeur d&#8217;une canicule devenue monnaie courante en plein mois d&#8217;août depuis quelques années n&#8217;y étant sans doute pas étrangère. Les terrasses des cafés étaient désertes, les rues vides. Ceux qui travaillaient avaient découvert dans les climatiseurs et les ventilateurs d&#8217;irremplaçables amis, les quelques piétons semblaient, eux, fondre sur les trottoirs. Les volets mis-clos, chacun terré à l&#8217;abri des lances d&#8217;un soleil devenu tyran, ce mois si calme défilait. Il ne s&#8217;y passait décidément rien, les journaux télévisés même semblaient poussifs et ressassaient des images de plages et de ciel bleu tant l&#8217;actualité était avare. Au sommet de l&#8217;État, on désespérait d&#8217;intéresser le peuple. On n&#8217;avait plus d&#8217;idée. Tout allait bien.</p>
<p>Il y a bien longtemps qu&#8217;on avait dépassé la vieille politique. Celle des oppositions constantes, celle des influences et du pouvoir de quelques-uns. Depuis longtemps dépassée l&#8217;oligarchie, depuis longtemps dépassés les clivages. On agissait désormais dans l&#8217;unique bien commun. Ah bien sûr, la transition n&#8217;a pas été aisée&#160;! Au début, on avait rencontré certaines réticences&#160;; là un vieux député brandissant comme une arme d&#8217;obscures «&#160;convictions&#160;», ici un journaliste qui s&#8217;inquiétait de l&#8217;anéantissement du sel de son métier, c&#8217;est-à-dire de la disparition des guerres d&#8217;ego et des petites phrases assassines distillées subrepticement au long des interviews ou, moins discrètement, à l&#8217;occasion de débats passionnés. Mais on s&#8217;y est fait.</p>
<p>C&#8217;est venu doucement. D&#8217;abord, les oppositions entre partis ne furent plus que formelles&#160;: il y avait certes différents candidats, mais les programmes tendaient vers un même but. Tous étaient désireux de bien gérer l&#8217;État et de rendre ses citoyens heureux. À la fin, on s&#8217;opposait encore dans le spectacle des débats, mais presque toute la vie politique voguait de consensus national en consensus national. Et finalement, ça marchait bien mieux. On avait des politiciens attachés à faire tourner notre pays, des horlogers aux petits soins de l&#8217;immense mécanisme de notre État. En fait, on s&#8217;est bien vite rendu compte que, non seulement ça marchait mieux, mais en plus ça ne servait plus à rien de voter. Avec le temps, les chiffres de l&#8217;abstention atteignaient des sommets. On avait bien d&#8217;autres choses à faire que de voter pour des gens d&#8217;accord entre eux&#160;! Et puis tant que ça marchait, on n&#8217;avait pas non plus de raison de se déplacer en masse pour s&#8217;exprimer&#8230; Il y avait toujours des énergumènes&#160;; des types qui sortaient du lot et exprimaient leurs désaccords. Mais même eux étaient écoutés, tout minoritaires qu&#8217;ils étaient&#160;: le gouvernement semblait avoir renoué avec la Nation.</p>
<p>Bientôt, par une froide soirée d&#8217;octobre, l&#8217;intention du gouvernement de supprimer les élections fut révélée. Évidemment, de but en blanc, ça surprend et ça effraie. Mais au fond, leur proposition était on ne peut plus sensée&#160;; l&#8217;organisation des scrutins mobilisait d&#8217;énormes sommes d&#8217;argent, et les dirigeants comptaient bien l&#8217;employer autrement mieux. Après réflexion, c&#8217;était même une idée géniale, alors ce fut fait.</p>
<p>Avant, de souvenir d&#8217;homme en tout cas, on n&#8217;avait jamais aimé que l&#8217;époque passée, et l&#8217;avenir faisait peur. Peu à peu, on s&#8217;est rendu compte qu&#8217;on ne vivait pas si mal. Les gens se réveillaient le matin, se rendaient à leur travail le sourire aux lèvres, et l&#8217;expression n&#8217;est pas emphatique. Évidemment, on peut bien sourire si l&#8217;on ne travaille que quelques heures avant de retrouver sa famille ou ses amis l&#8217;après-midi. Les grandes réformes populaires avaient amené ce qui aurait dû animer les politiciens depuis des siècles&#160;: le bonheur. On avait limité le nombre maximum d&#8217;heures de travail quotidiennes. Désormais, il était formellement interdit de travailler plus de cinq heures un même jour. Dans le même temps, on installait des postes de sécurité ça et là. Bien longtemps avant, les caméras étaient apparues comme une solution à la délinquance. Mais leur efficacité finit par éveiller quelques soupçons, et on les abandonna. Notre nouveau gouvernement les remplaça par un maillage fin de postes occupés par des gendarmes, ses «&#160;postes de sécurité&#160;» qui garantissait autant l&#8217;ordre que l&#8217;aide des personnes de passage. Et, la chute vertigineuse de la délinquance entrainée par les diverses réformes sociales aidant, ces gendarmes finirent par être bien plus guides touristiques qu&#8217;hommes de l&#8217;ordre.</p>
<p>Alors, nos vies allaient bon train, sans cesse protégées. Tout était fait pour notre bien. Un jour, on apprit par exemple de la bouche de la ministre de la santé l&#8217;interdiction de certaines sucreries parce qu&#8217;elles contenaient un produit hautement cancérigène qui venait d&#8217;être découvert. La réaction fut d&#8217;une rapidité inouïe, et on ne put que se féliciter le lendemain, à l&#8217;image de cette vague d&#8217;éditoriaux élogieux, de la bonne gestion de notre petit pays.</p>
<p>Il ne se passait pas un jour sans qu&#8217;on apprenne par voie de presse la promulgation d&#8217;une nouvelle loi ou la préparation d&#8217;une nouvelle réforme. Au terme de quelques années d&#8217;intense travail, nous finîmes par nous trouver assez bien et le rythme ralentit. On avait interdit tout ce qui était nocif pour la santé&#160;; drogues, tabac, pesticides, alcools. Afin de limiter la pollution et de faciliter les déplacements, on mit en place de vastes réseaux de transports publics, et on décida ensuite de retirer les voitures, devenues inutiles, du marché. La courbe des morts sur la route s&#8217;effondra, celle de nos rejets de CO2 aussi. En fait, l&#8217;État jouait enfin son rôle et, en réglant tout au millimètre, en éradiquant tout ce qui était susceptible de créer le moindre problème, rendait heureux le peuple.</p>
<p>Alors, quand les journaux firent leurs Unes sur ce meurtre à l&#8217;arme blanche, tout le monde fut surpris. C&#8217;est le genre de chose qui ne se passait plus qu&#8217;une ou deux fois dans l&#8217;année. Mais au moins, cela permit à nos dirigeants qui se creusaient la tête pour notre bien, d&#8217;avoir enfin de nouvelles idées. On était en sécurité dehors, nos vies réglées étaient parfaites, mais ils avaient oublié une part d&#8217;ombre&#160;: dans les cuisines, le tranchant des couteaux pouvait encore couper brutalement le cours de nos vies.</p>
<p>Le soir même, le visage jovial d&#8217;un de nos ministres – à vrai dire, on avait si peu de problèmes qu&#8217;on ne savait plus vraiment de quoi il avait la charge, ni même son nom – annonça l&#8217;obligation pour les grandes surfaces de vendre viandes, légumes, fruits et gâteaux prédécoupés. Dans le même temps, on apprenait l&#8217;interdiction future des outils tranchants. Comme toujours, on annulait d&#8217;abord les dommages collatéraux de ces lois de bonheur. À une époque pas si lointaine, on jugeait les politiques impuissants, balayés par la force de l&#8217;économie. Il suffisait juste de reprendre la barre. Leur faiblesse, voire leur volonté de faiblesse ignoblement libérale, tout cela nous faisait bien rire&#160;!</p>
<p>Alors ce matin, quand on est venu frapper à ma porte à l&#8217;heure où seuls les protecteurs – c&#8217;est ainsi qu&#8217;il était maintenant d&#8217;usage de nommer les gendarmes – se promenaient dans les rues, j&#8217;ai été surpris. D&#8217;autant plus qu&#8217;il se sont empressés de me passer les menottes, tout en me disant que pour éviter que les femmes soient battues, on avait décidé en haut lieu d&#8217;interdire aux hommes d&#8217;habiter sous le même toit qu&#8217;une personne du sexe opposé.</p>
<p>Je me suis bien demandé ce qu&#8217;ils allaient faire de moi, maintenant que j&#8217;étais entre ces deux montagnes de muscles du visage desquels on n&#8217;arrivait pas à effacer le sourire, quoi qu&#8217;on dise, même le pire. Mais enfin, c&#8217;était pour le bien de ma femme, et sans doute le mien aussi, l&#8217;État ne se trompait guère.</p>
<p>Dans leur fourgon à sustentation magnétique qui traversait les plaines à vive allure, accompagné silencieusement par une dizaine d&#8217;autres qui devaient être dans mon cas, je ressentis pour la première fois ce sentiment terrible que je ne me souviens pas avoir rencontré auparavant. J&#8217;étais perdu, un peu, et hébété aussi. C&#8217;est dur à décrire un sentiment, c&#8217;est dur de l&#8217;écrire en si peu de temps&#8230; Mais je repense à ma femme, mes enfants, ils doivent être si loin maintenant. C&#8217;est comme si j&#8217;avais du mal à être heureux, noyé dans le bonheur. C&#8217;est ça je crois. Tout était trop parfait&#8230;</p>
<p>«&#160;Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu&#8217;on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante. Comment éviter leur réalisation définitive&#160;?&#8230; Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d&#8217;éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins &#8221;<em>parfaite</em>&#8221; et plus <em>libre</em>.&#160;» -&nbsp;Nicolas Berdiaeff</p>
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		<title>Big Brother is watching you</title>
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		<pubDate>Sun, 26 Jul 2009 20:03:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicoz</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on défend les libertés, on est souvent accusé, à tort, de crier «&#160;au loup&#160;». Souvent, quand on cherche l&#8217;image qui illustrera nos arguments, on pense à <em>1984</em> d&#8217;Orwell. Souvent, aussi, on s&#8217;entend répondre qu&#8217;on exagère.<br />
Oui mais voilà, quand c&#8217;est un grand quotidien national, qu&#8217;écris-je, quand c&#8217;est le journal dit «&#160;de référence&#160;» qui s&#8217;empare du sujet des libertés fondamentales, on ne peut s&#8217;empêcher de penser «&#160;Eh bien&#8230; C&#8217;est ce que je disais&#8230;&#160;» Et ça n&#8217;en fait que plus froid dans le dos. Alors que les députés achevaient l&#8217;examen du projet de loi Hadopi 2, la CNIL a publié son avis sur le projet de loi Loppsi II. Et cet avis d&#8217;être repris par <em>Le Monde</em> dans un éditorial bien nommé&#160;: «&#160;Cyber Brother&#160;».</p>
<blockquote><p>«&#160;&#8221;Big Brother vous regarde.&#8221; Le cauchemar totalitaire décrit, en 1948, par George Orwell dans <em>1984</em> n&#8217;est pas encore une réalité. Mais on assiste à une extension du profilage des citoyens, très inquiétante au regard des libertés. Les logiciels-espions de la police se banalisent. Cyber Brother s&#8217;installe chez vous, dans notre vie privée. Le projet de loi d&#8217;orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi II), qui sera débattu en fin d&#8217;année, va permettre à la police, dans le cadre d&#8217;une information judiciaire et &#8221;sans le consentement des intéressés&#8221;, d&#8217;accéder à &#8221;des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre&#8221;. Pas moins.&#160;»</p></blockquote>
<p>Pour lire la suite, <a href="http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/07/24/cyber-brother_1222427_0.html">rendez-vous sur le site du <em>Monde</em></a>&#8230;</p>
<p>Et <em>Le Monde</em> de conclure son éditorial&#160;: «&#160;Où est la limite à ces intrusions dans la vie des Français&#160;? Nous sommes prévenus&#160;: Big Brother est là, tout près.&#160;»</p>
<p>Cet éditorial fait écho à un article, dans ce journal, intitulé <a href="http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/07/24/les-logiciels-espions-de-la-police-inquietent-les-gardiens-des-libertes_1222422_3224.html#ens_id=1222503">«&#160;Les logiciels-espions de la police inquiètent les gardiens des libertés&#160;»</a> et qui revient largement sur l&#8217;avis très inquiétant rendu par la CNIL. À lire absolument, donc.</p>
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