jan 10 2012

L’hôpital est malade

À lire sur Sarrebourg Nouvelle :

L’hôpital public va mal : après la mise sous tutelle récente de deux établissements, à Forbach et Saint-Avold, le Républicain Lorrain de ce jour nous apprend un déficit de trois millions d’euros de l’hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, sur fond de conflit social. Les raisons, nous dit-on, en sont simples : les importants investissements mis en œuvre, financés par l’emprunt, ont mis à la merci de la crise l’hôpital sarrebourgeois, phénomène qu’amplifie, selon les mots du maire, une « activité moins importante que prévue ». Crise de fréquentation, crise économique : que ne convoque-t-on pas pour refuser de voir en face la responsabilité de la politique de santé publique désastreuse menée ces dernières années, et qui tend à appliquer au service public de la santé la logique mortifère de la gestion d’entreprise ? « Chiffres d’affaires », « réduction des dépenses de fonctionnement », « développement de l’activité », « productivité », « optimiser », « rentabilité », … Le vocabulaire lui-même s’est fait gestionnaire, les logiques ne sont plus sanitaires mais comptables. Tout se réduit au chiffre, on dilue l’humanité des malades dans l’impersonnalité de l’« activité » : quand arrivera le jour où, à l’accueil des hôpitaux, des clients auront remplacé les patients ?

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juin 30 2011

Usbek à Sarrebourg

À lire sur Sarrebourg Nouvelle :

Les Lettres persanes est un roman épistolaire dans lequel Montesquieu expose la correspondance de deux Persans, Usbek et Rica, qui racontent leur périple en Europe à leurs amis de Perse. Leur regard naïf sur nos mœurs de l’époque s’en révèlent une critique incisive. Mais imaginons un instant qu’au gré d’un voyage dans le temps et l’espace, Usbek se retrouve à Sarrebourg, aujourd’hui, séparé d’un Rica bloqué dans le passé. C’est probablement en ces termes qu’il s’adresserait à son ami resté coincé trois siècles en arrière :

Usbek à Rica.

Il y a dans un coin de la contrée que je visite un village fort étrange. Peu de temps après mon arrivée, hébergé par un généreux habitant, on m’y offrit à lire un journal édité par la ville pour informer chacun de le vie de la cité. Je fus surpris, Rica, de découvrir l’endroit passionné de musiques aux sons exotiques mais aussi, et surtout, stupéfait qu’on usât de canons et de poudre pour guerroyer contre la nuit et ses nuages. […]

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mar 28 2011

Espoir

« Les armées se séparèrent ; et on raconte que Pyrrhus répondit à quelqu’un qui célébrait sa victoire qu’avec ”une autre victoire comme celle là, il serait complètement défait”. Il avait perdu une grande partie des forces qu’il avait amenées, et presque tous ses amis et principaux commandants ; il n’avait aucun moyen d’avoir de nouvelles recrues. […] Tandis que, comme une fontaine s’écoulant continuellement de la ville, le camp romain se remplissait rapidement et abondamment d’hommes frais, pas du tout abattus par la défaite, mais gagnant dans leur colère une nouvelle force et résolution pour continuer la guerre. » - Plutarque, cité in Wikipédia

Sarrebourg

Pour le député-maire de Sarrebourg, qui s’est largement impliqué dans la campagne, faisant en quelque sorte de cette élection un « test » grandeur nature de sa popularité ; pour ce député-maire, donc, qui a invité personnellement les Sarrebourgeois aux réunions publiques de M. Spreng, qui leur a adressé son propre tract pour défendre son « ami », qui est même allé jusqu’à battre le pavé aux côtés dudit ami pour bien afficher son soutien, c’est une victoire à la Pyrrhus. Leurs sourires convenus masquaient mal le coup de semonce qui a retentit dans la salle des fêtes lors de l’annonce des résultats pour la ville de Sarrebourg, voyant une victoire de M. Schaff dans ce fief depuis trop longtemps aux mains des mêmes personnes. L’UMP a certes remporté une élection de plus, mais cette formalité dans un canton ancré à droite a des parfums de défaite. Plus rien, désormais, ne semble pouvoir endiguer la montée en puissance de M. Schaff et de son équipe, qui remporte cette fois six communes : Haut-Clocher, Xouaxange, Imling, Hesse, Harreberg et Sarrebourg. Sa victoire dans cette dernière est un désaveu pour M. Marty, l’amorce d’un retour de flamme, un relent de 9 mars 2008 où l’opposition, déjà, manqua pour quelques voix de lui ravir la mairie. À l’époque, il ne passa pas loin d’une défaite, mais il sembla bien vite oublier dans la gestion des affaires de la commune le Sarrebourgeois sur deux qui n’avait pas voté pour lui, écoutant l’opposition autant qu’un sourd peut écouter un muet, c’est-à-dire en un mot : la maltraitant. Programmer un Conseil municipal au lendemain d’élections dans lesquelles le leader de l’opposition est engagé ; ne pas fournir d’autre local à cette même opposition que la salle du conseil, où aucune audience ni aucun stockage de documents n’est possible, ce sont là, parmi mille autres, deux exemples frappants de la vision qu’ont de la démocratie les édiles de notre ville.

La chute de la droite, à Sarrebourg, a valeur pour elle de memento mori, lui rappelant non seulement qu’elle peut perdre la ville, mais aussi et surtout que cela n’est plus qu’une question de temps : le sort de l’actuelle majorité qui, il y a encore peu, paraissait impossible à renverser, semble désormais scellé. Son temps est compté, elle n’a que trop duré. Doucement, mais inévitablement, l’opposition progresse ; escalade des murailles qui ne tiennent plus ensemble qu’au prix de grands efforts parfois à la limite de la légalité, lorsqu’ils ne sont pas franchement illégaux. Comme la mer qui s’abat inlassablement sur les rochers de la côte, les érodant peu à peu au fil du temps, l’opposition fait s’écrouler des barrières à chaque scrutin et gagne du terrain, doucement mais sûrement. Plus que jamais, hier, dans la défaite, M. Schaff et ses amis étaient emplis d’espoir. Le résultat, qui n’est mauvais qu’en apparence ; qui n’est mauvais que si l’on refuse de voir l’avenir et que l’on s’accroche à un présent dont les piliers de sable s’effondrent, montre surtout que tout est possible. Le combat pour Sarrebourg ne sera certes pas simple, mais jamais encore nous n’avons été aussi proches du grand chamboulement appelé de nos vœux. Dans un étrange renversement de situation, la joie était hier, un peu, parmi les vaincus, car tout le monde l’a bien vite senti : « les derniers seront les premiers. »

Que cela remotive les élus d’opposition qui continuent de travailler malgré le traitement qu’on leur inflige ; que cela remotive les troupes militantes qui défendent sans faiblir, contre vents et marées, la Justice, la Liberté, l’Intérêt Général ; que cela ravive l’espoir dans les cœurs de ceux qui, depuis trop longtemps, se battent pour que l’on ait, enfin, une ville de Sarrebourg pour Tous.


avr 20 2009

Alain Marty, député godillot

alain martyHADOPI a été rejetée, la semaine dernière, par une petite poignée de députés, soulignant au passage un -grave ?- problème : l’absentéisme de ceux-ci. Le mien, lui, était là ; il ne fait pas parti de ces députés qui ne daignent pas se déplacer dans l’hémicycle, non. Lui est d’un autre genre, c’est un véritable godillot.
Godillot, ai-je écrit. Pour le wiktionnaire, il s’agit d’une « Personne exécutant les ordres ou suivant les consignes sans discuter, en particulier parlementaire qui suit sans discuter les consignes de vote de son parti. » Et ce même site de donner les exemples suivants : « Parti godillot, vote godillot, député godillot ». C’est donc précisément le bon qualificatif que j’ai employé au vu du comportement de M. Marty à l’Assemblée.
Déjà, on peut s’étonner qu’il y soit. Pourquoi diantre cet homme, godillot, donc, de l’UMP, qui n’a durant sa foultitude de mandats pas brillé au Palais-Bourbon, est-il à ce moment là de l’année dans l’enceinte de la prestigieuse institution pour voter un texte qui l’est, lui, beaucoup moins ? On n’est en effet pas habitués à ses frasques. Depuis 2007, il n’est intervenu que sept fois en séance et n’a rédigé qu’une seule et unique proposition de loi. D’ordinaire allégorie de l’absentéisme parlementaire, M. Marty nous gratifie donc de sa présence… on eu préféré son absence, car même présent, il se fait l’illustration de l’inactivité la plus profonde, du désintéressement le plus terrifiant.
Jeudi 12 mars, tout commence. Dès quinze heures quinze, mon très cher député escalade les bancs de l’Assemblée pour s’asseoir tout en haut, et dominer ainsi un espace horriblement vide. Mais ne songez pas qu’il se mette alors à travailler ; en lieu et place de s’intéresser alors aux débats, il sort un livre à l’aspect ancien… et se met à le lire. En bon robot de Mme Albanel, il lèvera la main aux bons moments, laissant cependant la tête baissée sur son ouvrage qui semble plus passionnant que la loi et les discussions de la représentation nationale. Il agira de la sorte durant toutes les séances, le regard tantôt ancré sur une revue, tantôt sur un livre. En réalité, il se fout d’Internet, il préfère la littérature, mais c’est un bon godillot, voilà tout.
C’est un fait : pas une fois il n’a pris la parole, et il n’a ni déposé, ni même signé un seul amendement. En fait, il n’a, en tout et pour tout, prononcé que vingt-cinq mots, uniquement des invectives, du style « C’est l’hôpital qui se moque de la charité ! » Force est de constater qu’en plus, le bougre ne fait pas dans l’originalité…
L’Assemblée, à travers lui, ressemble encore plus à une chambre d’enregistrement. Comment voulez-vous que l’on se satisfasse d’une loi (non encore) votée par un type en train de lire un magazine ou je ne sais quel classique ?
M. Marty tenait dans ses mains un livre ancien, alors même qu’on examinait sous ses yeux un projet de loi concernant les nouvelles technologies, si ça, c’est pas un vrai godillot complètement à côté de la plaque, je ne m’y connais pas !

Merci à DéputésGodillots.info, qui a sans doute encore pas mal de pain sur la planche, pour avoir insufflé toutes les informations de cet article en commençant son formidable recensement par mon excellent député-maire.